malia10032007
Il y a un genre de silence qu'on n'entend que dans les grandes maisons, après minuit, quand tout le monde est censé dormir et que personne, en réalité, ne ferme tout à fait l'œil.
Dans une aile du palais où les lumières restent rarement allumées si tard, une porte se referme sans bruit. Des pas s'éloignent sur un tapis trop épais pour qu'on les entende vraiment, et le silence retombe, intact, comme si rien ne venait de s'y passer.
Personne ne remarque rien. C'est bien pour ça que ça fonctionne depuis si longtemps.
Ailleurs dans ce même palais, à des couloirs de distance, une jeune femme dort d'un sommeil sans rêve dans une chambre trop grande pour elle, une bague qu'elle n'a pas choisie posée sur la table de nuit parce qu'elle ne supporte pas encore de la sentir à son doigt pendant la nuit. Elle ne sait rien de cette porte qui vient de se refermer, ni des pas qui viennent de s'éloigner, ni du nom de celui à qui ils appartiennent.
Elle sait seulement qu'elle s'appelle Esmeralda, qu'elle porte désormais un nom qui ne lui appartient pas vraiment, et qu'un jour, peut-être, quelqu'un finira par lui expliquer pourquoi cette maison choisit si soigneusement qui elle laisse entrer.
Ce jour n'est pas encore venu.
Mais quelque part, dans cette aile silencieuse, quelqu'un vient déjà d'y penser.