_velvet_writer_
Chez moi, le silence est une armature. On m'a appris à ne rien ressentir, alors j'ai gelé tout ce qui dépassait. Au lycée, ils voient une fille blonde aux yeux bleus, polie, distante, glaciale. S'ils s'approchent trop près ou s'ils cherchent les ennuis, je leur rappelle très vite à quel point la glace peut couper.
Mes seuls vrais refuges n'appartiennent à personne : le pelage sombre de mon chat noir, la solitude des vieux rails abandonnés, ou cette route secondaire où je m'allonge quand la pluie tombe si fort qu'elle étouffe enfin les attentes de mes parents. Je pensais que personne ne viendrait jamais troubler ces instants-là.
Et puis Zhan Salinger est arrivé.
Brun, des yeux vert forêt et ce sourire insolent de gars que rien n'atteint. Il est tout ce que je déteste : solaire, bruyant, imprévisible. Il a décidé de ne pas fuir quand je lui montre mes crocs, et pire encore, il semble lire dans mes silences comme dans un livre ouvert. Il cherche le chaos, je cherche l'asphyxie. Mais au milieu de la nuit et sous l'orage, nos ombres finissent par se télescoper. Et je ne sais pas si je vais le détruire... ou si c'est lui qui va me faire tout ressentir.