Sasamsasam
Je déambulais entre les rayonnages, mes pas étouffés par la moquette épaisse de la librairie. Mes doigts effleuraient les tranches de cuir et de papier jusqu'à atteindre l'étagère tant attendue. Là, devant moi, trônait mon œuvre. Ce livre, né du soutien indéfectible de ma famille et des miens, était enfin là. Contre toute attente, il avait raflé le prix du meilleur « Tranche de Vie » de l'année. Malgré les cicatrices du passé qui commençaient à peine à s'estomper, cette victoire agissait comme un baume.
C'est alors que je le vis.
De l'autre côté de l'allée, une silhouette masculine se découpait dans la lumière tamisée. Vêtu d'un ensemble en jean gris qui soulignait sa carrure imposante, il était penché, scrutant les titres avec une attention presque solennelle. Entre ses mains : « Vive moi, les aventures ».
Mon cœur rata un battement. Curiosité ou intuition ? Je ne saurais le dire, mais mon regard resta cloué sur lui. Lorsqu'il se redressa et se tourna partiellement, mon souffle se coupa. C'était comme si le temps venait de se suspendre. Une sensation étrange, brûlante et inconnue, envahit ma poitrine.
- « Excusez-moi ? » balbutiai-je, presque malgré moi.
Mais la réalité me rattrapa violemment. Une femme s'approcha de lui, l'air complice. Un sentiment de honte et de panique m'envahit. Interpeller un homme déjà pris ? Ce n'était pas moi. Ce n'était pas mon rôle. Prise d'un besoin soudain d'invisibilité, je me retirai brusquement derrière un présentoir pour me cacher.
Le silence retomba, pesant. Puis, un murmure transperça le calme de la boutique :
- « Jung-byeol... »
Mon nom. Il avait prononcé mon nom. Entendre ces syllabes sur les lèvres d'un inconnu me fit monter le sang aux joues. Quand j'eus enfin le courage de revenir sur mes pas, l'allée était déserte. Il était parti, ne laissant derrière lui qu'une image floue de sa stature puissante et une effluve persistante, envoûtan