CACTUS853
À Elyria, personne ne ressent plus rien. Ni la peur qui sert la gorge, ni la colère qui brûle sous la peau, ni l'amour qui fait trembler les mains. D'après eux, on appelle ça « la paix ».
La ville est calme. Trop calme. Les rues sont propres, les voix mesurées, les gestes précis.
Personne ne crie.
Personne ne pleure.
Personne ne déborde.
Les implants ont été créés pour ça.
De minuscules dispositifs, logés à la base du cou, reliés au cerveau. Ils surveillent. Ils ajustent. Ils corrigent.
Lorsqu'une émotion devient trop intense, l'implant intervient. Il coupe, efface. On dit que c'est pour protéger les citoyens d'eux-mêmes. Protéger la ville du chaos. Protéger l'avenir.
Grâce aux implants, il n'y a plus de guerre. Plus de crime passionnel. Plus de révolte.
Officiellement, aucune émotion n'a été détruite. Elles n'ont pas disparu. Elles ont seulement été archivées.
Classées dans des bases de données sécurisées. Des souvenirs sans propriétaire. Des cris sans voix, des larmes sans visage.
Personne ne se demande ce qu'il advient des émotions trop fortes. De la peur panique d'un enfant à la rage d'un être brisé.
Personne ne veut savoir. Peut-être parce que la plupart des gens encore en vie ne savent même pas ce que ça fait de vivre avec des émotions. Et aussi parce que savoir signifie admettre que quelque chose a été sacrifié.
À Elyria, on préfère croire que le bonheur est simple.
Les gens ont vite appris à devenir parfaits.
Ceux ayant des implants défectueux sont appelés anomalies.
Les anomalies sont rares et, quand elles apparaissent, Elyria s'en occupe. Silencieusement.
Il existe pourtant un endroit que presque personne ne connaît. Un endroit sans fenêtre. Sans public.
C'est là que sont envoyées les émotions effacées. Là où quelqu'un doit les trier, les vérifier, les étudier, récupérer leurs informations et les oublier à nouveau.
Un travail invisible mais nécessaire.