MathieuFerreira
Tic…Tac…Tic…Tac...Tic…Tac…Tic…
Ding ! Ding ! Ding !
Une semaine, une longue semaine, c'est dans ces moments de rien où l'on prend conscience de la longueur du temps.
J'ai arrêté de me rendre au lycée, du jour au lendemain, et ils ont appelé mais je n'ai jamais décroché.
La première métamorphose qui eut lieu sur ma figure fut mon sourire.
Il diminua, il se rétracta, il se ferma, il fut finalement clos.
Ma bouche n'est plus que des lèvres serrées, hermétiques.
Et lorsque je tente de sourire à mon jumeau glacé, celui-ci me renvoie une grimace, un rictus laid.
Une sorte de monstre ayant pris la place de ma bouche et qui apparait dans toute son horreur quand les zygomatiques fonctionnent.
La deuxième transformation qui toucha mon visage fut la perte de mes couleurs.
Exposé continuellement à une morne lumière, une ampoule crachant sans interruption une teinte jaune orangée.
Mon corps a pâli, mes yeux ont terni.
Ma chair se mit à fondre, quittant, se détachant du reste de mon être.
Ma peau blanche, devenue fine comme du papier et rugueuse comme de la pierre, s'étire, tendue sur mes os pointus, à éclater.
Mes yeux s'enfoncent dans leurs orbites, mes lèvres, déjà indistinctes de ma figure par leurs pâleurs, s'effacent.
En quelques jours, je suis devenu un humain inhumain.
Toujours, j'erre, et un soir, en montant l'escalier pour rejoindre ma couche, je sens que c'est la dernière fois.
Le lendemain, en sortant de mon lit, je ne parvenais à descendre, même la salle de bain, en face de ma chambre est à des kilomètres.
Le soir vint , je m'allongeais dans mon lit ; ce jour a été le dernier que j'ai passé debout.
Maintenant, je suis recroquevillé sur mes fioritures.
Plus mort que vivant et pourtant plus vivant que mort.
Seul mon corps vit encore, trop jeune pour déjà s'éteindre.
Mon âme et mon cerveau, ma conscience sont morts dans leurs torpeurs.
Je suis vide.