agne622
Le silence de la chambrée n'était troublé que par le souffle léger de l'innocence. Elle ajustait son pagne, le visage marqué par la fatigue mais illuminé d'un espoir précaire. Elle n'avait qu'une mission : transformer sa sueur en pain.
« - Maman... tu vas m'amener quoi ce soir ? »
La petite voix monta des draps froissés, fragile et pleine d'une confiance aveugle. Elle s'arrêta net, la main sur le chambranle de la porte. Un frisson d'amour lui parcourut l'échine.
« - Mon chéri, si tu es sage et que tu restes bien caché, je vais t'amener un vrai festin. Tout ce dont tu as rêvé. »
Un petit rire cristallin, pur comme une aube, lui répondit :
« - Youpi ! T'es la meilleure maman du monde entier ! »
Elle sourit dans l'obscurité, ignorant que c'était le dernier éclat de joie qu'elle entendrait jamais. Elle sortit, le cœur lourd d'un pressentiment qu'elle étouffa aussitôt. Par amour, par instinct de protection dans ce quartier où l'ombre dévore les faibles, elle tira la lourde porte de bois.
Le clic métallique du cadenas déchira le silence.
Un geste machinal. Une habitude de survie. Elle venait de condamner l'unique raison de son existe.
Tandis qu'elle s'éloignait vers les lumières de la ville pour vendre ses derniers pas de danse, elle ne voyait pas l'ombre du rapace qui guettait. Elle ne savait pas que ce verrou, censé garder le mal à l'extérieur, venait d'enfermer son trésor dans un brasier sans issue.
Ce soir-là, elle ne ferma pas seulement une porte. Elle cadenassa son âme à jamais.