rogerdobric
Le pas harassé, l'épaule chargée de l'instrument auquel ses bourreaux le pendront bientôt à l'aide de clous, Jésus va vers son trépas sous un soleil impitoyable. Afin de détourner sa conscience de la souffrance qu'il endure sur son chemin de peine, il s'entretient avec lui-même tout en marchant. C'est le récit de ce soliloque-là que je vous propose de découvrir ici. Jésus, avant d'être transfiguré par la religion en une icône spirituelle qui scintille désormais au firmament des chrétiens, merveilleuse étoile tutélaire qui renseigne les fidèles sur les chemins de vie qu'il leur faut suivre pour ne point s'égarer ni se perdre parmi la complexité d'un monde de surcroît enténébré par la corruption et la violence sous toutes leurs formes, fut un être de chair et de sang, pétri de pensées, de sentiments et d'émotions, comme quiconque en somme. Cependant, au-delà de cette ressemblance que nous partageons toutes et tous avec lui, il était assurément un être d'exception sous l'occupation romaine de la Palestine d'alors, un leader charismatique non-violent, épris de liberté et de justice sociale, dont l'amour qu'il vouait à son peuple peut de toute évidence se définir ainsi : l'amour est l'obsession de l'autre, cette possession de soi par la présence de l'autre en soi. À travers une telle définition de l'amour pour autrui, ne devine-t-on pas l'image de Jésus intimement mêlée aux images de « Mahatma » Gandhi, Martin Luther King, Nelson Mandela et, plus proche de nous, de Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix en 1991, qui s'opposa sans relâche au régime dictatorial en place en Birmanie ? D'ailleurs, en raison de la considération que cette dernière m'inspire, je l'appelle respectueusement en moi-même l'Amandier de Rangoon, me référant pour ce baptême-là à l'essai d'Albert Camus intitulé Les Amandiers.