HamdySall
Elle est harcelée, violée et menacée, mais c'est contre elle que se dirige le regard subversif de la société. C'est elle la coupable. Elle coupable de son innocence, d'avoir été trop tendre, d'avoir ignoré que cet oncle, ce cousin, ce frère, ce père, cet enseignant ou ce maître coranique était un pervers qui peut abuser d'elle parce qu'elle a porté une robe légère ou un bas qui laisse apparaitre ses contours, parce qu'elle a souri à un homme incapable de se retenir ou parce qu'elle est trop jeune pour comprendre les intentions de tonton sai sai. Voilà le piètre spectacle auquel nous assistons souvent dans notre société. Certaines filles sont violées et stigmentatisées sous le regard complice de la société. La société est doublement complice : d'abord par son silence et son "pseudo-masla", ensuite par la discrimination des victimes qui pourtant devraient être protégées.
La loi de la criminalisation du viol va sans doute dissuader certains et punir certains, mais elle ne peut pas rétablir l'hymen qui a été usée et la dignité qui a été bafouée. Si nous décidons d'en parler, ce n'est pas pour espérer une éventuelle réparation des dommages causées parce que de toute évidence cela est impossible. Mais, c'est plutôt pour sensibiliser la société et lui faire comprendre que son devoir premier est de réinsérer les victimes, les encourager à dénoncer et à faire face à cette injustice. A travers notre chronique INNONCENCE COUPABLE nous tenterons de toucher du doigt ce phénomène qui fait des milliers de victimes tous les ans.