LaDZduCoin
Les tours et leurs ombres
La cité ne dort jamais vraiment.
Même quand les lumières s'éteignent, même quand les fenêtres se ferment, quelque chose reste éveillé. Une tension invisible. Une respiration lourde qui circule entre les tours.
Elles sont là depuis toujours.
Immobiles. Massives.
Des blocs de béton dressés vers le ciel comme des poings fermés. Le jour, elles paraissent fatiguées. La nuit, elles deviennent menaçantes. Les ombres qu'elles projettent s'étirent sur l'asphalte, avalent les bancs, les cages d'escaliers, les visages.
Ici, tout a une ombre.
Les enfants qui jouent trop tôt apprennent vite à rentrer avant que le soleil tombe.
Les mères parlent bas, même chez elles.
Les pères se taisent, quand ils sont encore là.
Dans la cité, le silence est une langue.
Les ascenseurs tombent souvent en panne. Les escaliers sentent l'urine, la peur et le renoncement. Les murs sont couverts de noms écrits à la bombe : certains sont des souvenirs, d'autres des avertissements. Chaque tag raconte une histoire que personne n'ose vraiment lire à voix haute.
Quand la nuit arrive, la cité change de visage.
Les scooters tournent sans plaques.
Les pas deviennent rapides.
Les regards s'évitent ou se défient.
Dans l'ombre des tours, des décisions se prennent.
Certaines pour survivre.
D'autres pour dominer.
C'est ici que naissent les gangs. Pas par envie, mais par nécessité. Quand il n'y a plus de choix, il ne reste que la loi de la rue. Ceux qui protègent. Ceux qui détruisent. Parfois, ce sont les mêmes.
Les frères deviennent des soldats.
Les sœurs deviennent des cibles... ou des forces silencieuses.
L'amour, ici, est dangereux.
L'amitié est un luxe.
La loyauté, une monnaie rare.
Et au milieu de tout ça, il y a ceux qui regardent encore le ciel entre deux immeubles, se demandant s'il existe autre chose que ces tours. S'ils sont condamnés à rester dans l'ombre... ou s'ils peuvent, un jour, en sortir.
Mais la cité n'oublie rien.