BenedicteGualard
Ils croyaient avoir gagné le droit d'aimer. Ils avaient tort.
Théo a quitté les brumes de Bretagne au faîte de la gloire des siens. De Gaule en Rhétie, par les grands cols glacés des Alpes, il marche derrière un père au sommet de sa puissance - vers le Rhin, où l'Empire livre l'une de ces batailles qui décident du sort des peuples. C'est l'apogée : la victoire, les honneurs, un nom qui résonne jusqu'à Rome. Et, au milieu du fracas, Erelieva, toujours là, toujours interdite, dont le secret partagé pèse désormais plus lourd qu'un aveu.
Mais un coup porté dans le dos ne laisse pas les mêmes cicatrices qu'un coup porté de face. Une blessure qui ne guérit pas, un mensonge que Théo choisit de porter pour la protéger, une déesse froide qui mesure le bonheur des hommes et ne souffre pas qu'ils en prennent plus que leur part - et voilà que la roue tourne. La cour a ses ombres, et l'une d'elles aiguise, loin des champs de bataille, une lame plus sûre que toutes les épées barbares.
Vient alors l'Orient. La grande mer, le Phare d'Alexandrie, l'Égypte de tous les dieux, où le père et le fils s'enfoncent comme on monte vers le soleil. Ils s'y croient encore invincibles. Ils ne voient pas que leurs ailes ont commencé de brûler.
Toujours racontée à deux voix - l'empereur devenu vieux et la femme qui a partagé sa jeunesse -, cette deuxième partie est celle de l'ivresse et de la chute : chaque chapitre placé sous le signe d'un dieu, de la boue du Rhin au sable brûlant du Nil, d'une passion qui s'approfondit à une trahison qui se prépare. On y monte jusqu'au vertige. Puis la cire fond.
Pour les lecteurs de fresques antiques, d'amours contrariés et de destins qui, pour toucher le ciel, doivent d'abord apprendre à tomber.