Le cendrier vide embaumait tout le salon d'une odeur de tabac froid. Au milieu de la pièce, Hippolyte, souriant, comptait le profit de la journée.
Je me suis toujours demandé comment il faisait pour, tous les jours, toucher à des centaines d'euros en sachant qu'ils iraient dans la poche de Victor ? Certes, il en touchait une partie, mais elle représentait un pourcentage tellement infime. Non pas que Victor ne le paie pas bien, loin de là, mais ici, les revenus n'augmentent ni avec le chiffre d'affaire ni l'inflation.
J'ai déjà vendu de la drogue, quelques mois durant. Mais c'est de l'histoire ancienne, j'ai repris le lycée, je prépare le bac et, en parallèle, je vis à Vertreuil. Ici, le niveau d'étude moyen c'est le brevet des collèges. Alors, chaque jour, je jongle entre insulte et vocabulaire approprié, entre violence et rigueur, entre communautarisme et sociabilisation.
Depuis la rentrée de première, je ne me sens moins intégré chez moi. Mon environnement d'origine n'est qu'un objet d'étude sociologique et le décalage se creuse entre moi et mes amis, ma famille, mes camarades de classe ; entre moi et le monde. Je ne suis qu'une identité sociale non-conventionelle, déchiré entre la solidarité étroite de chez moi et l'individualisme froid du monde extérieur. Comment suis-je supposé vivre dans une telle schizophrénie ?