- C'est sûr, m'a dit un vieux paysan : un jour, ils finiront par recommencer à se disputer, et je ne sais plus ce qui va nous arriver. J'aime la terre, continua-t-il, mes ancêtres « Hommes » y sont. J'aime le ciel, car mes Dieux « Anahariky » y sont. Je ne souhaite pas que la bataille recommence ; or elle va reprendre. C'est sûr, ça va arriver.
- Et tout en larmes, le vieux paysans s'expliqua :
- Autrefois, au commencement du monde, la Terre et le Ciel, qui sont amants, vivaient en très bonne intelligence. La Terre est susceptible et le Ciel est chatouilleux. Vint la dispute, et le Ciel s'éloigna de la Terre. Celle-ci, furieuse, redoubla de replis pour l'atteindre : ainsi se formèrent les Montagnes. Le Ciel riposta par des Orages, ses balles ; par la Tempête, son canon ; par les Nuages, le souffle de ses soldats. La Terre forma des Volcans qui sont ses frondes. La brume intervint par ses larmes, le Soleil par ses poings rouges, la Pluie par ses vagues, le fleuve par ses torrents ; et, curiosité jusque-là inconnue, le caméléon intercéda en faveur du Ciel, par ses roulements des yeux.
- La bataille cessa, mais la colère persista des deux côtés. C'est ainsi que le Ciel reste encore là-haut, et que la Terre demeure ici-bas. On dit que déjà depuis mille ans, la Terre n'a pas été invitée par son amour le Ciel, et que depuis mille ans, le Ciel n'a plus parlé à son amant, la Terre.
- Et le pauvre paysan termina son récit : « Quand deux hommes ne se donnent plus à boire et à manger, c'est signe qu'ils couvent une haine farouche et qu'ils finiront toujours par s'entre-tuer ».
Ainsi, la guerre entre les deux ne pouvait pas avoir de fin, tant que l'un deux ne présenterait des excuses à l'autre mais la rancœur traverse les âges plus facilement que l'amour.
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