Aujourd'hui, on a tué ma sœur.
Du moins, c'est le refrain que le monde entonne pour se rassurer. C'est ce que les rapports dactylographiés hurlent dans le silence des bureaux, ce que les clichés médico-légaux figent sous une lumière déshumanisante. C'est la vérité obscène que le gel a conservée : ce corps, arraché aux mâchoires d'un lac en hiver, n'est plus qu'une sculpture de chair bleutée. Un trophée de givre que le courant a fini par recracher comme une insulte à la vie.
Oui, aujourd'hui, on a tué ma sœur. Et pourtant, j'ai l'impression que ça fait une éternité... ou que c'était hier.
Devant cette viande violacée par le froid, exposée sur l'acier de la morgue, j'ai su. J'ai su avec la certitude d'une condamnée que cette abjection n'était qu'un prélude. Que toute cette merde finirait par ressortir de terre.
J'aurais aimé n'être qu'une folle de plus.
Mais on ne trompe pas le Mal. On ne l'enferme pas derrière des barreaux de certitudes, on ne le soumet pas à la parodie de justice des hommes. On le laisse simplement s'assoupir dans l'angle mort de nos vies, et un jour, il s'étire. Plus cruel. Plus affamé.
Sept ans. Sept ans à m'entailler l'esprit pour me convaincre de ma propre folie. Sept ans à me punir de respirer quand ses poumons à elle n'étaient plus que du givre. Sept ans à snifer la poussière de mes souvenirs pour ne plus sentir le froid. J'ai traqué des démons de papier dans les marges de ma dérive, épuisée à chasser l'ombre d'un monstre que le monde avait déjà enterré.
Mais au fond de moi, je savais... La justice s'est payé un leurre ; elle a mis un épouvantail en cage quand le loup, lui, lèche encore ses plaies sous le vernis de nos vies. Cette fois, je ne serai plus la proie. Je serai l'abîme. Je suis prête à m'y jeter pour le voir brûler.
𝕻𝖆𝖗𝖉𝖔𝖓𝖓𝖊𝖟 𝖒𝖔𝖎 𝕾𝖊𝖎𝖌𝖓𝖊𝖚𝖗 𝖕𝖆𝖗𝖈𝖊 𝖖𝖚𝖊 𝖏'𝖆𝖎 𝖕ê𝖈𝖍é...
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