Chaque pas était mesuré, calculé, un équilibre fragile entre silence et rapidité. Les prédateurs ne manquaient pas. Et ils n'étaient pas tous des bêtes.
Son souffle formait de petits nuages blancs devant son visage, et malgré les canapés de vêtements usés qui recouvraient son corps maigre, elle sentait l'hiver s'insinuer sous sa peau, ronger ses os. Elle s'arrête un instant, tendit l'oreille. Rien. Pas un oiseau, pas un craquement. Seulement le murmure du vent dans les branches mortes.
Elle connaissait cette forêt. Elle l'avait apprivoisée. Un abri fragile au milieu du chaos, mais un abri tout de même. Elle avait appris à lire ses signes, à sentir quand elle était seule... et quand elle ne l'était pas.
Aujourd'hui, elle ne l'était pas.
Un frisson coule le long de sa colonne vertébrale. Pas de bruit, pas d'ombre furtive entre les arbres, mais une sensation sourde, une certitude instinctive qu'elle n'était plus la seule à fouler ce sol glacé.
Lentement, elle recula, effaçant ses traces derrière elle, jusqu'à atteindre l'orée du bois. À quelques centaines de mètres, dissimulée derrière un enchevêtrement de ronces et de branchages, sa cabane dans les arbres dominait une petite clairière. Son sanctuaire.
Elle grimpa rapidement à l'échelle de corde et referma le piège derrière elle, s'accordant enfin un soupir. Ses muscles se relâchèrent, juste un instant.
Puis elle se figea.
En bas, à la lisière des bois, une silhouette se dessinait dans la brume. Immobile.
Un homme. Grand, massif, un fusil en bandoulière.
Même à cette distance, elle le savait.
Ce n'était pas un pilier affamé. Pas un rôdeur désespéré. Il bougeait trop lentement, trop calmement.
Il la traquait.
Eilidh venait d'être repérée. Et elle savait que les hommes comme lui ne lâchaient pas leur proie.
[TERMINÉ]
Fanfic LOTR, uchronie dans laquelle un pacte est signé et la Guerre de l'Anneau n'a donc pas lieu.
26 décembre 3019 du Troisième Age. La veille tout juste, la Communauté de l'Anneau nouvellement formée avait quitté Fondcombe. Elle devait franchir les Monts Brumeux, quelle qu'en soit la façon. Elrond était soucieux. Il songeait à beaucoup de choses, mais tendis que la situation des Peuples Libres s'aggravait, il se demandait s'il n'aurait pas du rejoindre Valinor, lui aussi, quand elle était partie. Il se demandait ce qu'elle était devenue, si elle l'avait oublié, si elle les avait oubliés. Au fond de lui, le brasier qui avait autrefois consumé son coeur s'était éteint; mais parfois quelques braises rougeoyaient et quelques étincelles lui rappelaient les larmes versées.
Sortant de ses profondes réflexions, il se retourna, s'immobilisa aussitôt. Impossible. Cette silhouette, à contrejour, cette ombre si reconnaissable... Se pourrait-il... ?
Il commença à s'approcher, doucement, prudemment. L'espoir l'emportait comme une feuille au vent mais la raison lui déchirait le coeur. C'est à cet instant que l'ombre noire se glissa par la fenêtre dans son dos et lui plaqua un poignard sous la gorge. Angmar sourit. Il avait appris à contrôler la peur qu'il inspirait pour passer inaperçu. Ses murmures maléfiques transpercèrent le silence.
- Vous savez que cette lame est empoisonnée.
Elrond hocha légèrement la tête. Quel poison d'ailleurs !
- Vous l'avez reconnu, n'est-ce pas ? Oui, c'est celui-là même qui transperçât Celebrian, de la main d'un orc, à la Corne Rouge.
- Je sais très bien tout cela !
- Mais voyez ! Elle est revenue pour vous. Elle est là.
[...] - Et que dois-je faire pour la rejoindre ?
- Où va la Communauté qui vous a quitté hier ? Pourquoi doit-elle rester secrète ? Répondez. Alors sur mon honneur et celui de mon maitre, je vous relâcherez et vous pourrez la retrouver.
- Vous n'avez pas d'honneur !
Angma