Il s'appelle Treize.
Pas « Thomas », ni « Tristan ». Juste Treize. C'est inscrit sur ses papiers, gravé dans sa voix, et tatoué dans la réaction des autres. Ses profs l'appellent par son prénom avec un froncement de sourcils. Ses camarades, eux, ont trouvé plus simple : « Vendredi 13 », parce qu'il apporte la poisse comme ce jour-là. Et parce qu'il s'en fiche.
Il ne parle pas beaucoup, sauf quand le silence devient trop banal. Ses mots sont froids, secs, lucides. Il a ce don de pointer ce que personne n'ose dire, avec une neutralité clinique. Comme si l'émotion durant un instant n'était qu'un vestige humain dont il s'est débarrassé.
Son regard est noir. Pas la couleur - l'intention.
Impassible, insondable. Les adultes disent qu'il est "perturbé". Lui, il dit qu'il est "réveillé".
Toujours habillé de noir, sobre, précis. Il ne cherche pas à se faire remarquer - c'est le monde qui s'éteint un peu quand il entre dans une pièce.
Il a l'intelligence d'un chirurgien et la sensibilité d'un croque-mort.
Les esprits faibles le trouvent inquiétant. Les esprits forts le trouvent intriguant... avant de regretter de s'être trop approchés. Il n'aime pas le bruit, ni les questions idiotes. Il aime les choses mortes, les vérités crues, et les silences qui pèsent.
Il est jeune, mais on jurerait qu'il est plus vieux que le monde.
On raconte qu'il ne dort jamais. Que son ombre se déplace avant lui. Que ceux qui se moquent de lui tombent malades, ou disparaissent, ou se réveillent avec un pressentiment qu'ils n'expliquent pas.
Et pourtant, malgré ce que les autres pensent, Treize n'est pas mauvais.
Il est juste lucide.
Et dans un monde qui se ment sans cesse, la lucidité, ça fait peur.
All Rights Reserved