Je n'aime pas parler.
Encore moins de ce genre de choses.
Mais parfois, certaines phrases restent plantées dans la mémoire, comme des échardes.
La sienne, par exemple.
- « Pas d'attachement, pas de souffrance. »
Il me l'a sortie comme ça, entre deux instructions tactiques, en nettoyant son arme. Pas comme une plainte. Plutôt comme une règle de survie. Une ligne de conduite. Il savait à qui il parlait.
Moi, je ne m'attache pas. Je n'ai jamais su. Je ne vois pas l'intérêt. Les gens s'éloignent, meurent, déçoivent. Alors autant éviter. J'ai toujours fonctionné comme ça.
Mais lui... il a insisté. Il parlait trop. Il riait trop. Il essayait, je crois. De me comprendre. De me faire parler. Et moi, je faisais ce que je savais faire : je me taisais.
C'était notre dernière mission ensemble.
Il n'est jamais revenu.
Et maintenant, cette phrase me hante. Je la rejoue dans ma tête comme une vieille cassette rayée.
Pas d'attachement, pas de souffrance.
Mais je commence à me demander...
Peut-être que j'aimerais souffrir un peu. Juste assez pour sentir quelque chose.
Juste assez pour me dire que je suis encore humaine.
Ou du moins... que je pourrais le redevenir.