Le matin où Maya disparut, personne ne s'en inquiéta vraiment.
À Brooklyn, les gens disparaissaient tout le temps. Ils changeaient de trottoir, de nom, parfois de visage. La police appela ça une absence volontaire et nota l'adresse sur un coin de feuille déjà taché de café. Trop de dossiers. Pas assez d'heures.
L'appartement était trop silencieux.
La chambre de Maya était vide, mais pas rangée. Les toiles avaient disparu, arrachées des murs, laissant des rectangles plus clairs sur la peinture jaunie. Son chevalet gisait au sol, cassé net, comme s'il avait été frappé. Pourtant, aucune trace d'effraction.
Sur le sol, Elliot remarqua des éclaboussures sombres. Pas assez fraîches pour être du sang. Pas assez épaisses pour être de la peinture.
Il sentit la colère monter, familière, rassurante presque. Elle le protégeait du vertige qui lui retournait l'estomac. Il fouilla l'appartement méthodiquement, ouvrant les placards, soulevant les coussins, cherchant quelque chose sans savoir quoi.
Dans la salle de bain, le miroir était fissuré.
Quelqu'un avait écrit dessus, du bout du doigt :
TU SAIS.
Elliot recula d'un pas. Sa respiration s'emballa. Il n'aimait pas ce ton. Il n'aimait pas quand la ville lui parlait directement.
En bas de l'immeuble, deux policiers fumaient en silence près de leur voiture. Elliot tenta de leur expliquer. La disparition. Le carnet. Les tableaux.
- Votre colocataire est majeure ? demanda l'un d'eux sans lever les yeux.
- Oui.
- Alors elle est partie. Ça arrive.
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