Le miroir des loges ne ment jamais. Sous les néons crus qui grésillent légèrement, je ne reconnais plus la fille qui me fixe.
Il y a deux ans, j'étais celle qu'on n'arrêtait pas. Louna, la fille au rire trop fort et au répondant trop rapide. J'avais cette innocence insolente qui me faisait croire que le monde m'appartenait, que mon caractère de feu était un gilet pare-balles universel. Je pensais que les "mauvaises fréquentations", c'était une légende pour faire peur aux adolescentes fragiles. Je n'étais pas fragile. J'étais de l'acier.
Mais le feu finit toujours par consumer ce qu'il touche, et l'acier finit par rouiller si on l'abandonne sous la pluie.
Aujourd'hui, mes pommettes sont trop saillantes, dessinant des ombres creuses sur mon visage autrefois plein de vie. Mes yeux, qui défiaient autrefois les photographes, sont cernés d'une fatigue que le meilleur anticerne du monde ne peut plus camoufler. Dans mon sac à main, à côté de mon gloss fétiche, il y a maintenant des flacons de plastique blanc. Des noms de molécules compliquées, sèches, que je dois avaler à heure fixe pour ne pas m'effondrer.
On m'avait dit que j'étais une étoile montante dans ce milieu de paillettes et de basses lourdes. Personne ne m'avait prévenue qu'une étoile pouvait s'éteindre de l'intérieur, dans un silence de plomb, à cause d'un secret qu'on a trop honte de hurler.
Je m'appelle Louna, et voici comment j'ai brûlé mes ailes en étant persuadée que je savais voler plus haut que les autres.
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