Chapitre 1 : Le Silence de la Truelle
La poussière de ciment collait à la peau de Babacar, se mélangeant à la sueur d'une longue journée sous le soleil de plomb de Dakar. À 20 ans, ses mains étaient déjà marquées par le métier de maçon, calleuses et fortes. Mais ce soir-là, ses mains tremblaient.
Il n'avait pas la force de rentrer. Les rumeurs du quartier couraient plus vite que le vent sec de l'après-midi.
- « Piscines, boîtes de nuit, concerts... tu crois vraiment que ce petit est de lui ? »
Ces mots, il les entendait à chaque coin de rue. Il savait que la fille qu'il avait fréquentée par erreur n'avait pas été fidèle. Pourtant, quand il regardait ce nouveau-né, quelque chose en lui se serrait. Un lien invisible, un attachement qu'il ne pouvait pas expliquer, mais qui lui brisait le cœur. Il aimait ce bébé, malgré le doute qui rongeait son honneur.
L'affrontement
Quand il franchit le seuil de la concession familiale, l'odeur lourde de l'encens et les préparatifs du baptême l'étouffèrent.
- « Le mariage est arrangé, Babacar. Le baptême aussi. C'est ton fils, c'est ton honneur », dit-elle sans même le regarder.
Le monde de Babacar s'écroula.
- « Mère, tu ne m'as même pas demandé mon avis ! Tu me lies à une femme que je n'aime pas, alors que tout le monde se moque de moi ! »
Sa voix s'était brisée. Il essaya de lui parler de ses deux autres copines, celles qu'il aimait vraiment, de ce sentiment d'être pris au piège. Mais le silence de sa mère fut sa seule réponse. Une décision finale.
L'exil
Cette nuit-là, Babacar ne ferma pas l'œil. Les larmes qu'il s'interdisait de verser devant les hommes coulèrent sur son oreiller. Chaque sanglot était une pierre de plus sur son cœur de maçon.
Il jeta un dernier regard vers le berceau.
- « Je reviendrai, petit », murmura-t-il.
Puis, il s'enfonça dans l'obscurité de la nuit, un inconnu en fuite, emportant avec lui une blessure que même le temps ne peut guérir
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