Créer n'a jamais été une option. Les lignes que je dessinais la nuit, les matières que je sentais sous mes doigts, c'était mon vrai langage. À Los Angeles, au cœur du chaos brûlant de la ville, j'avais enfin l'impression d'être au bon endroit. Tout, des palmiers au tumulte des rues, me murmurait que ma vie commençait vraiment ici. J'étais sûr de savoir qui j'étais.
Ce matin-là, j'ai couru, trop vite, trop tard, le cœur affolé à l'idée de tout rater en une minute. Derrière les portes en verre, le concours dont je rêvais m'attendait et j'y suis entrée à la dernière seconde, persuadée d'avoir frôlé une ligne invisible. Pourtant, la journée s'est déployée sans accident : ateliers baignés de lumière, salutations, pression et excitation mêlées. Tout m'a portée, comme une vague tranquille, vers ce que je croyais vouloir être. Mon retard n'était alors qu'un simple frisson.
Je me trompe.
Quand la lumière a glissé sur la ville, quand l'euphorie s'est mêlée à la fatigue, il a suffi d'une bousculade, d'un regard, d'une seconde suspendue devant un ascenseur pour que tout cède. Impossible de dire ce qui a lâché en moi, mais j'ai su qu'une couture invisible venait de rompre.
J'étais persuadé qu'on ne doute pas de qui on est, que le désir suit toujours la même route. J'avais tort. Ce n'était pas une rencontre, c'était une faille douce, un point de bascule. Et à travers lui, il allait falloir que je me réapprenne, que je me découvre, que je devienne.
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