On dit que la polygamie est une tradition, un destin à accepter. Mais ce jour-là, dans notre maison, elle avait l'odeur d'un deuil.
Le bruit des tambours et les chants des griots me déchiraient les tympans.
Ça résonnait jusque dans mes cages thoraciques, mais le rythme des battements de mon cœur était bien plus rapide, bien plus violent.
Dehors, la foule célébrait la richesse de mon père, Barek. Dedans, ma mère, Talia, se mourait en silence. Assise sur le lit, drapée dans sa dignité de première épouse, elle ne pleurait pas. Elle subissait l'affront.
- Reste forte, maman, lui ai-je chuchoté à l'oreille, la voix tremblante de colère retenue. Ne leur montre pas tes larmes. Quoi qu'il arrive, je suis là.
Mon père venait de signer l'acte.
Il s'était remarié.
Une gamine, selon les rumeurs.
Une inconnue, nous avait-il juré.
Soudain, des cris de joie stridents ont fusé dans la cour. Les portières des voitures de luxe ont claqué.
Elle était là.
Escortée par mes tantes hypocrites, la nouvelle épouse est entrée dans le salon.
Elle était couverte de la tête aux pieds, son visage entièrement dissimulé sous un lourd voile blanc.
Impossible de deviner qui se cachait là-dessous.
Mon père s'est avancé vers elle, un sourire triomphant aux lèvres. Il a levé ses mains imposantes et a doucement saisi le bord du tissu pour révéler son visage au monde.
Le voile s'est soulevé.
Mon regard a croisé le sien.
Et mon cœur s'est arrêté net.
Le sol s'est dérobé sous mes pieds.
Le souffle m'a manqué, comme si on venait de me poignarder en plein cœur.
Non non ce n'est pas possible...
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