Il est des départs qui ne sont pas de simples voyages, mais des arrachements. Quitter Port-au-Prince fut moins une décision qu'un instinct de survie. La capitale, jadis aimée, s'était refermée sur lui comme un piège : les balles perdues fauchaient les arbres devant sa maison, les nuits se peuplaient d'insomnie, et même les trottoirs semblaient chargés d'ombres. Alors il est monté dans un bus, franchissant les routes semées de gangs et de menaces, laissant derrière lui les pierres brûlantes de la ville pour retrouver le vert tendre des mornes et le silence habité de Camp-Perrin.
Mais la fuite ne délivre pas du cœur. Dans ce retour au pays natal, où chaque brise porte le parfum de l'enfance, une autre histoire s'écrivait : celle de l'amour, toujours recommencée, jamais apaisée. Elle, qu'il avait tant cherchée dans d'autres visages, surgissait ici à nouveau, plus proche et plus insaisissable que jamais. Entre les promenades et les dialogues suspendus, entre un premier baiser et les silences obstinés, naissait une idylle fragile, trouée par les blessures anciennes et les peurs intimes. Car aimer, pour lui, n'a jamais été simple don : c'est se heurter à ses propres limites, à ses défenses, à l'angoisse de suffoquer sous l'intensité d'un sentiment.
Ce roman est une traversée de l'âme autant qu'un récit de fuite. On y passe des check-points armés aux galeries d'un village tranquille, des premiers émois adolescents aux amours tragiques de l'âge adulte. Entre mémoire et désir, entre fidélité et abandon, il interroge ce que signifie aimer dans un monde où l'on apprend trop tôt la perte. Et il laisse entendre, dans son ultime souffle, qu'il existe peut-être une paix - non pas dans l'oubli, mais dans la mémoire apprivoisée, dans cette blessure qui ne se ferme jamais tout à fait et qui pourtant nous fait tenir debout.
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