Il se redressa de son dos courbé, me regarda de ses yeux brillants, et me souris, enfin ce n'était pas le grand sourire où l'on distingue toute les dents et qui remonte à la moitié du visage, mais juste le sourire qui signifie merci. Il se raclait la gorge, pris une inspiration hésitante commença par s'excuser d'avoir pleuré devant moi. Je lui disais que je ne lui en voulais pas, que malgré nos plus grandes peines, nos plus grandes déceptions il était humain de les laisser d'exprimer, de les laisser se guérir, et de partir. Il me racontait le jour où il m'avait construit ma balançoire, à côté de l'arbre où nous étions assis. Il n'arrivait pas à la finir, car je courais tout autour de lui, surexcité, en riant. Ma mère était venue à son secours en m'arrachant du sol, et m'avait soulevé pour atterrir dans ces bras. Je ne m'en rappel plus trop de ce moment, j'avais, je crois d'après mon père, avoir l'âge de six ans. Une fois qu'il l'avait terminé, j'avais courus jusqu'à la balançoire, et m'étais assis sur le pneu qui tenait par deux cordes bien amarré à l'arbre, et il m'avait poussé, encore et encore, comme pour en atteindre le sommet. Ce même lieu où nous nous trouvions, avait connu la joie, le bonheur et les rires et ce soir il nous regardait nous, la joie y avait fané, le bonheur quelque peu oublié mais les rires toujours bien présents, et le sentiment d'être ensemble, lui n'avait aucunement changé.
"Je courais à en perdre mon souffle. Le battement de mon cœur résonnait dans mes tympans, je ressentais l'impact de mes pieds sur le sol. Cet impact qui se propageait tout le long de mes jambes. La légère douleur qui circulait dans mes bras. Ma respiration bruyante qui résonnait dans le silence de cette chaude journée. Puis mes larmes. Mes larmes qui ruisselaient le long de mes joues. Cette sensation des yeux qui piquent, cette buée qui cache la vue, cette humidité que je ressentais sur l'ensemble mon visage.
Les images défilaient, celles de ces vieux souvenirs. Les moments où il y avait encore un nous, où elle riait, me regardait amoureusement, où l'on s'embrassait... Et le pire de tous, celui qui était constamment présent, son accident...
Cet accident que j'avais provoqué... Je m'en souviendrai sûrement toujours. Son corps, inerte sur le bitume, cette tâche de sang sur sa tête, la fumée tout autour d'elle et puis surtout cette grosse poutre sur ses jambes... Puis tout c'était enchaîné et elle m'avait oublié, elle avait tout perdu, par ma faute.
J'aimais tellement la prendre dans mes bras, la serrer aussi fort que je pouvais. Lui chuchoter à l'oreille, tout doucement, que je l'aimais. Que je la protégerais toujours. Sentir ses cheveux me caresser les doigts, ses longs cheveux bruns qui m'effleuraient encore et toujours. Son léger souffle dans mon cou qui me chatouillait. Ses mains qui se glissaient le long de mon dos, allant parfois dans mes cheveux et glissaient petit à petit le long de mon corps. Ses rires lorsque je la soulevais et que ses pieds ne touchaient plus le sol. C'était elle tout simplement. C'était nous... Et tout cela me manquait terriblement."
Alors que s'est-il donc passé ? A vous de le découvrir, je vous attends...