Le rose du ghetto

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WpMetadataNoticeLast published Mon, Nov 21, 2016
"J'ai consulté mon téléphone : je n'avais aucun message. C'est à ça que servent les téléphones portables, à se rendre compte que personne de pense a vous. Avant, on pouvait toujours rêver que quelqu'un cherchait à vous joindre, à vous parler, à vous aimer. Nous vivons aujourd'hui avec cet objet qui matérialise notre solitude." David Foenkinos
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Un ange

Dans le jardin, chez mon père, se trouve un recoin où personne ne va. Personne d'autre que moi. Je l'ai découvert à l'âge de huit ans alors que j'explorais les lieux pour la première fois depuis l'emménagement, après le divorce de mes parents. Cet endroit calme se trouve dans l'angle entre la haie de hauts sapins et le coin de la petite cabane délabrée qui n'a jamais été utilisée. Tout au fond du jardin. À un mètre de là, il y a un grand chêne qui - en plus de protéger ce coin de la pluie - rend presque invisible ma cachette. J'avais occupé quelques après-midis à enlever les ronces et à nettoyer ce lieu qui deviendrait rapidement mon refuge et n'en avais parlé à personne depuis toutes ces années. C'était mon endroit à moi, celui où je pouvais aller lorsque j'allais mal, où je pouvais réfléchir, me ressourcer, être tranquille, être seule. Ce lieu de sérénité contrastait terriblement avec ma vie actuelle, remplie de tourments et de tristesse. Treize ans, pensent les adultes, c'est l'âge où l'adolescent déprime un peu pour rien, se rebelle contre l'autorité, est inintéressant et immature ; à treize ans on n'a pas vraiment le droit d'être triste parce qu'apparemment, on a pas une vie difficile, on n'a pas assez vécu pour connaître le malheur, on n'a rien à gérer, pas de problèmes. Foutaises. Je méprise ma vie, mon collège, ma sœur, mes parents, et surtout mon reflet dans le miroir.

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