« Le cri me permettait d'extérioriser mes sentiments, mes peurs et ma souffrance, mais de manière bien trop éphémère. La démangeaison de devoir à nouveau crier une fois mon précédent cri terminé était trop puissante, bien trop pour pouvoir y résister. Ma voix se transforma finalement en une sombre complainte, rauque d'avoir trop crié, douloureuse et irrité. Recroquevillé contre un mur, il me semblait alors que je devais représenter un spectacle pathétique, miséreux. Et puis alors un jour me vint l'idée de prendre un stylo. Ou alors se fut par instinct de survie, mais toujours est-il qu'un stylo est apparu dans ma main et que je me mis à écrire. J'écrivais, encore et encore, à longueur de journées, ne ressentant aucune lassitude, juste du soulagement, toujours du soulagement. Les premiers temps mes écrits n'étaient pas organisés, je n'avais aucune envie de les relire, de les travailler, juste je me devais de faire sortir ce que j'avais en moi, d'expier ma souffrance et mes sentiments. Le silence de l'écriture me fit alors un bien fou, je n'avais plus qu'une seule peur, que ma feuille ne soit remplie trop vite, que je n'avais alors pas assez de place pour l'expression, comme une censure silencieuse et incontournable. Mais jamais cette peur ne fut vérifiée. Et, de mes pâtés contenant moult ratures, en sont sorti petit à petit des vers, les pieds tourbillonnant autour de mon esprit, chantant, dansant, apaisant de leur poésie ma souffrance, la calmant et me mettaient en état de transe au fur et à mesure où je les imaginais. La tête me tournaient pendant des heures quand j'écrivais, mais qu'importe, il le fallait, j'avais tant de choses à dire. Enfin je pouvais réellement m'exprimer, tant pis si personne ne pouvaient les lire, ou si ils étaient condamnés à rester là. Mais ils existaient, mes craintes et mes peurs n'étaient plus seulement au fin fond de mon être, j'arrivais enfin à leur donner forme, à les nommer, à les c
Maël est similaire aux vagues.
Il est bien trop brisé pour s'extirper de ses cauchemars lui-même. C'est un jeune garçon aux cheveux blonds cendrés qui ne cesse de suffoquer en repensant à ses souvenirs, à ses songes et à ses rêves éveillés... Il lutte du mieux qu'il peut pour ne pas l'oublier, lui, et pourtant, dans un même mouvement, il passe par ma fenêtre en boxer, tee-shirt, avec ses éternelles Converses qu'il n'a, une fois de plus, pas lacées. Maël, c'est un ange déchu qui a contemplé la mort. Il s'est mesuré à elle, allant jusqu'à se noyer pour préserver ses souvenirs... Quant à moi, je me suis contenté de le rattraper dans un moment crucial. J'ai couru après lui, j'ai nagé, j'ai hurlé... Mais en retour, il a seulement rédigé ces quelques mots :
« Ne pourchasse pas le chaos sans lumière. ».
Alors je suis devenu la plus éblouissante des lumières, pour qu'il puisse s'asseoir entre mes jambes lorsque le soleil se couche, et que les battements de son cœur soient un tant soit peu apaisés. Je dois avouer que... Je ne pourrais plus me lever le matin si j'apprenais qu'il n'est pas en train de dessiner, assis à sa fenêtre. Je suis tiraillé par l'envie oppressante de plonger dans son regard ou encore celle de courir après lui à deux heures du matin, pour qu'il ne soit pas seul lorsqu'il ressent le besoin de se réfugier à la crique. J'ai envie de l'embrasser lentement, sensuellement, jusqu'à ce que le souffle lui manque et qu'il comprenne qu'il suffit de séparer nos lèvres de quelques millimètres seulement pour qu'il puisse reprendre son souffle, et affronter les terribles épreuves de la vie.