Harry arriva en trombe dans les appartements de Severus. Celui-ci ne sursauta même pas à son entrée fracassante, dorénavant habitué aux va-et-vient fréquents du jeune homme. Depuis leur dernière discussion, Severus s'était montré plus patient. Sans toutefois être d'une chaleur et d'une bonne humeur inespérées, aucune humiliation publique n'avait plus eu lieu. Severus commençait doucement à se faire à l'idée qu'aider le gosse n'était pas si désagréable et qu'en dehors de son instinct qui le poussait vers le foutu gamin, cela ne paraissait plus aussi déplacé qu'auparavant. Quelque part, cette notion avait intégré son quotidien. Et la vitesse avec laquelle Potter était devenu sa normalité était effrayant.
Harry alla s'affaler dans un des canapés, tentant de calmer les tremblements qui l'agitaient. Severus arriva d'une démarche posée et s'installa face au jeune sorcier avec calme. Il fit apparaître deux tasses de thé et demanda d'une voix apaisante :
« Dure journée ? »
Les doigts de Harry tremblaient autour de la tasse à la porcelaine brûlante. Des larmes silencieuses caressaient avec grâce la courbe de ses joues. Son regard était plongé dans le vide, à la merci des pensées ténébreuses.
« Potter ? Potter, revenez parmi nous. »
Mais Harry ne parvenait pas à se calmer. Sa magie faisait crépiter l'atmosphère, lui donnant l'air d'un fou. Il tenta de calmer sa respiration mais il n'y parvenait pas.
Il y avait des jours comme celui-ci où sa vie l'accablait soudainement avec plus de force. C'était comme ça. Sans qu'il ne puisse le contrôler, le moindre détail l'insupportait alors au plus au point. Ron. Hermione. Malfoy. Tous ces sourires. Cette pression. Ces murmures sur son passage. Les effluves de peur et d'espoir mélangés. Ces jours-là, Harry partait généralement se réfugier dans les toilettes de Mimi Geignarde, trouvant réconfort dans la toile de ses pleurs, peint par le sang maculant ses mains. Il rejoignait ensuite Severus qui se contentait de soigner ses blessures sans un mot.
Mais pas cette fois-ci. À l'approche des toilettes, Harry s'était soudainement stoppé. Sans savoir pourquoi, il avait fait demi-tour et courut dans les cachots. Peut-être qu'il ne voulait pas sentir la déception voilée qui transpirait dans les gestes de Snape. Peut-être qu'il voulait qu'il soit fier de lui. Peut-être que l'image que Snape avait de lui comptait bien trop pour Harry. Peut-être qu'il souhaitait s'attirer l'approbation de Snape, une fois dans sa misérable vie.
C'était pourquoi il lui était bien plus complexe de se calmer à ce moment. Et pourquoi il se détestait profondément, lui et son besoin de reconnaissance à deux noises.
Harry étouffait. Il suffoquait de sa propre bêtise. Il regrettait son stupide besoin d'impressionner Snape. Ceci n'avait visiblement pas marché. Il aurait mieux fait de se couper comme à ses habitudes ! À la place il offrait encore une image pitoyable à Snape.
« Potter. »
La voix était calme, bien que Harry y percevait une pointe d'inquiétude. Ou était-ce de la déception ? Peu lui importait. La seule chose dont il était conscient à cet instant c'était que deux mains fermes étaient posés sur ses épaules afin de les empêcher de trembler. Sa tasse lui avait été retiré.
Après un temps de latence, Harry se sentit envahi par une chaleur réconfortante tout contre lui. Il se détendit instinctivement au contact de Snape. Harry ferma les yeux, se laissant pleinement envahir par cette sensation de sérénité. Ses tremblements cessèrent. Sa respiration se calma.
Et au bout de longues minutes, Harry reprit finalement conscience de son environnement. Severus l'avait attiré à lui et ils étaient confortablement blottis l'un contre l'autre dans le canapé. Harry se demandait si Snape appréciait autant que lui cette étreinte. Probablement pas.
