prologue

15.4K 305 19
                                        




— Vous êtes du coin ?

Le conducteur du taxi me parle depuis tout à l'heure. Je n'ai pas quitté la fenêtre des yeux une seule fois depuis que je suis entrée dans la voiture, depuis que le chauffeur m'a récupérée. La pluie s'abat contre la vitre dans un rythme régulier. Les petites gouttes d'eau s'écrasent contre le verre avant de glisser lentement vers le bas. C'est apaisant à regarder.

Hypnotisant, même.

J'aimerais pouvoir me concentrer uniquement sur elles et oublier tout le reste.
Dehors, il fait nuit noire. Pourtant, New York ne semble jamais dormir. Les phares des voitures traversent l'obscurité, les enseignes lumineuses éclairent les trottoirs humides et les immeubles semblent toucher les nuages. Les rues débordent toujours autant de vie.

 L'odeur du cuir flotte dans l'habitacle de la BMW noire tandis qu'une musique passe faiblement à la radio.

— Pas vraiment.
Ma voix est monotone, fatiguée.
Le chauffeur me jette un rapide regard dans le rétroviseur avant de reporter son attention sur la route.
— Vous avez pourtant l'air de connaître les lieux.
— Si vous le dites...

Je retiens un rire sans joie.

Si seulement il savait.

Je connais cette ville bien mieux que je ne le voudrais. Je connais ses rues, ses quartiers, ses odeurs. Je connais ses recoins les plus sombres et les souvenirs qu'ils renferment.

La dernière chose que je voulais, c'était revenir ici.

Papa, maman, je suis désolée.

 Si vous me regardez de là où vous êtes, vous devez être terriblement déçus.

 Je ne suis qu'une ratée.

 Une déception qui continue de salir le nom de notre famille malgré tous ses efforts.

 Ma gorge se noue douloureusement.

 Je ferme les yeux quelques secondes avant de secouer légèrement la tête. Penser à eux ne m'apportera rien de bon. Pas ce soir. Pas alors que je suis déjà au bord du gouffre. J'inspire et rouvre les paupières. Mon regard balaye l'intérieur du véhicule, chasse les songes qui menacent de remonter à la surface et s'arrête sur le compteur. Le montant affiché me fait hausser les sourcils.

 Merde.

C'est beaucoup trop.

Mon ventre se contracte aussitôt.

 L'hôtel, les repas, les dépenses imprévues.

 Je fais rapidement le calcul dans ma tête et la conclusion est toujours la même : je n'ai pas assez.

— Arrêtez-vous ici, s'il vous plaît. Ça sera parfait.

— Vous êtes certaine ? On est encore loin de l'adresse que vous m'aviez donnée...
— Ici, c'est parfait. Je répète et lui adresse un sourire poli. Mon index pointe le prochain feu rouge.

Le conducteur semble hésiter quelques secondes, puis finit par ralentir.

Je vais marcher.

Ce n'est pas grave.

De toute façon, est-ce que j'ai réellement le choix ?

Il y a des moments comme celui-là où j'aimerais être née avec une cuillère en argent dans la bouche. Ne plus me soucier de l'argent. Ne plus calculer chaque dépense. Ne plus me demander si je pourrai encore me nourrir correctement la semaine suivante.

Juste vivre sans avoir constamment peur du lendemain.

Le taxi s'immobilise finalement, le chiffre du compteur se fige et je tends un billet au chauffeur. Je récupère mon sac, ouvre la portière et quitte le véhicule. L'air humide me frappe immédiatement le visage, la pluie glisse sur mes joues et mes jambes avancent toutes seules.

Mon esprit semble prêt à exploser. Je marche sans réellement regarder où je vais et me faufile dans une ruelle.

À l'abri des regards, à l'abri du monde.

Mon dos s'appuie contre un mur humide tandis que ma main fouille mon sac. Mes doigts trouvent rapidement ce qu'ils cherchent.

Comme toujours.

Comme à chaque fois que la réalité devient trop difficile à supporter.

Je roule un joint avant de l'allumer, la première taffe brûle ma gorge, j'expire lentement la fumée. L'odeur caractéristique de la beuh se répand autour de moi. Elle imprègne mes vêtements, mes cheveux et ma peau.

Peu importe.

Plus rien ne semble avoir réellement d'importance.

Une seconde taffe, une troisième.

La tension quitte progressivement mes épaules, mes muscles se détendent et mon cœur ralentit...

Enfin.

La drogue me monte à la tête et adoucit tout ce qui bouscule mon esprit. Heureusement qu'elle est là. Sans elle, je ne suis plus rien. Sans ses effets, mon corps ne pourrait plus tenir debout. Mon cerveau se perdrait dans les traumatismes et mon âme disparaîtrait dans une mer de regrets.

Les gens aiment dire que la drogue détruit des vies. Ils n'ont pas tort.

Pourtant, chaque fois que quelqu'un me parle des ravages qu'elle provoque, je suis incapable de me reconnaître dans leurs paroles.

Parce que les substances ne me noient pas, elles me permettent de tenir debout.

Sans elles, je ne dors plus. Sans elles, mes pensées tournent en boucle jusqu'à me rendre folle.
Les souvenirs reviennent les uns après les autres, sans me laisser le temps de respirer.

Les regrets me dévorent, la culpabilité me ronge et mon propre cerveau devient mon pire ennemi.

Alors oui, peut-être que je suis dépendante. Peut-être que je suis faible. Peut-être que je suis en train de couler lentement. Mais lorsque je regarde les ruines que je suis devenue, je me demande parfois si la drogue me détruit réellement ou si elle se contente simplement de retenir les morceaux éparpillés de mon existence.

Elle ne me rend pas heureuse.

Elle ne règle aucun de mes problèmes.

Elle ne fait pas disparaître les souvenirs.

Elle les enferme simplement derrière une porte que je suis incapable de maintenir fermée seule.

Et honnêtement... je ne sais plus ce qui me fait le plus peur.

Continuer à consommer ou découvrir ce qu'il reste de moi lorsque je ne le fais pas.

J'observe la ville et écoute ses bruits. Mes lèvres se pincent... New York regorge de souvenirs. Mon ancienne vie est partout, dans les rues, dans les immeubles, dans les odeurs qui flottent entre les passants et même dans les regards des inconnus que je croise. Cette ville me connaît mieux que je ne me connais moi-même et parfois, j'ai l'impression qu'elle attend simplement que je baisse ma garde pour me rappeler tout ce que j'ai essayé d'oublier.

Quand j'ai quitté cet endroit maudit pour habiter à Boston, je pensais pouvoir tout laisser derrière moi. J'avais réussi. J'avais trouvé un endroit qui m'acceptait. C'était devenu ma maison. Une maison imparfaite, loin d'être idéale, mais suffisamment éloignée de mon passé pour me permettre de respirer.

Là-bas, les fantômes restaient silencieux.

À New York, ils hurlent.

Je pensais pouvoir tourner la page et devenir quelqu'un d'autre.

Quelqu'un de meilleur.

Quelqu'un qui ne serait plus défini par ses erreurs.

Apparemment, j'avais tort.


-------------------------------------------------- -------------------------------------------------- -------------------------------------------------- --------

Comment ça m'a manquée d'écrire !!
Il faut savoir que je n'ai toujours pas fini le résumé, mais je suis bientôt à la fin, donc je peux vous poster le prologue. :)

J'espère qu'il n'y a pas trop de fautes et que le prologue vous a plu ! Je ne sais pas quand le premier chapitre sera posté, mais je vais écrire deux, trois chapitres d'avance, comme ça, j'ai juste à vous poster les chapitres. :)

Bisous ;)

MY OBSESSION [EDITE]Des histoires addictives. Découvrez maintenant