Chapitre 1

11 4 6
                                    

25 novembre,

Blake

- Salut Mman, désolé je suis en retard mais il y avait du monde sur la route. Je travaillais hier soir alors j'ai pu partir que ce matin. J'ai quand même pensé à t'apporter un cadeau, cette année, j'ai choisi une agate blanche. Oncle John ne va pas tarder à arriver lui aussi. Il est parti chercher le gâteau d'anniversaire. C'est débile, cette histoire de gâteau, je le sais mais il y tient. Sourie, le voilà !

- Et voici pour vous, un gâteau moitié chocolat moitié fraise. Ça fait 11 ans que je lui commande ce gâteau et pourtant elle me regarde toujours comme si j'étais E.T. Joyeux anniversaire mon garçon.

- Joyeux anniversaire Mman !

- Comment ça se passe les cours ? Et le travail ? Ça fait un moment que je ne t'ai pas vue ! Comment vas-tu ?

- Doucement John, tu vas me donner mal au crâne. Son visage se ferme. Excuse-moi, j'ai été occupé. Les cours ça va, c'est plus compliqué que je le pensais mais je m'accroche. Et le boulot, bah... c'est le boulot quoi.

- Toujours aussi bavard à ce que je vois.

Il me tend une bière qu'il a planqué dans un sac en papier, heureusement que maman ne voit pas ça ! Je sens que John a quelque chose à me dire mais j'arrive pas à percevoir si c'est positif ou non.

- Tu sais, Blake, je crois que je ne te l'ai jamais dit mais je suis fière de toi. Commence John géné. Je sais que ça n'a pas toujours été facile pour toi mais tu as su gérer comme il le fallait. T'es la petite fierté de la famille tu sais ! Si on m'avait dit un jour qu'on aurait un futur avocat... Elle aussi est fière de toi, finit-il en me montrant maman de la tête.

Je ne sais pas quoi dire, ni même si je dois répondre. C'est la première fois qu'il s'adresse à moi de cette façon. Le dialogue a toujours était facile entre nous, mais on ne parle pas de ces choses là. On est des mecs quoi !

- Bon on le mange ce gâteau ! Rebondit John en me tendant une part pour me laisser le temps de reprendre mes esprits.

Le silence qui suit est apaisant. Il fait beau aujourd'hui malgré la fraîcheur de l'automne et c'est plutôt calme ici. J'aime passer du temps avec lui. On n'a pas besoin de se forcer à trouver des sujets de discussions pour combler un blanc. Seule notre présence suffit, on est assez semblable : réservé, silencieux et on tient énormément l'un à l'autre, même si on ne se l'avouera jamais.

John est celui qui se rapproche le plus d'un père pour moi il m'a tout appris, et j'aime penser que je lui ressemble.

- À mon tour de parler à ta mère, tu nous laisses... m'ordonne gentiment John, me sortant encore une fois de mes pensées.

Je dis au revoir à ma mère et m'éloigne pour leur laisser un peu d'intimité.

Se rendre au cimetière n'est jamais simple pour John. Je sais qu'il fait ça par devoir pour moi et qu'il essaye de rendre ce moment joyeux depuis toujours. J'y croyais ! Jusqu'à mes 12 ans, j'avais oublié de dire à maman que je m'étais disputé avec Ethan. Je me suis retrouvé bien con avec mon scoop quand j'ai vu des larmes couler le long de ses joues. C'est ce jour-là, je crois, que j'ai remarqué pour la première fois la tristesse de ce lieu et compris ce qu'est la mort.

Comme à chaque fois, depuis cette année-là, je passe le temps en remettant en place les objets qui tombent des plaques de marbre à cause du vent. On y trouve de tout : des bibelots, des fleurs, des photos, il y a même un ballon de foot sur celle-ci "Nolan 04/02/2010-14/06/2016". Ça craint putain !

Mon oncle s'éloigne de la tombe de ma mère encore un peu bouleversé. Je le laisse reprendre ses esprits et le rejoins lorsqu'il commence à me chercher du regard.

- Tu as le temps de repasser à la maison avant de repartir ? Ethan n'aura qu'à passer te prendre là bas.

- Ok ça me va !

J'informe mon meilleur ami du changement de plan sur le trajet de la maison.

Rien n'a changé ici, je m'attendais à quoi en 3 mois ?! Toujours les mêmes personnes, les mêmes commerces, le même terrain de foot, probablement celui sur lequel jouait Nolan avant de mourir. Merde, faut que je me sorte ce gamin de la tête. Je me demande quelle est la cause de son décès et qu'est ce qu'il a fait pour mériter ça.

Une fois, John m'a dit que ce sont toujours les meilleurs qui partent en premier, ils sont trop bon pour ce monde de merde et sont rappelés pour accomplir de grandes choses ailleurs. J'ai beau savoir qu'il disait ça juste pour me rendre moins triste, au fond de moi, j'espère qu'il a raison, sinon pourquoi on m'aurait enlevé ma mère. Encore une fois, c'est son frère qui me sort de mes pensées. Je suis sûr qu'il a un radar qui détecte quand je pars trop profondément dans mes préoccupations.

Arrivé dans le salon, il m'abandonne quelques secondes, pour aller dans sa chambre et revient avec une petite boîte qu'il pose sur la table. Il sort deux bières du frigo et m'en tend une.

- Vas-y ouvre ! En me désignant la boîte, je m'empare de celle-ci avec curiosité.

- Ça appartenait à ta mère, elle la portait tout le temps. C'était un cadeau de nos parents pour ses 18 ans. Je me suis dit que tu étais en âge de l'avoir. Un petit clin d'œil à ta mère. Il se gratte la tête, il est gêné je le sens. Je sais que pour tes 18 ans tu t'attendais à avoir une voiture ou quelque chose dans le genre mais ...

Je le coupe direct et le prends de cours en le serrant dans mes bras. Une fois que je me rends compte de ce que j'ai fait, je me retrouve à mon tour gêné. Heureusement c'est à cet instant qu'Ethan choisit de faire son apparition.

- Je ne voudrais pas gâcher ce moment chargé en testostérone, mais si on veut arriver avant la nuit, il va falloir qu'on parte !

John lui colle une tape derrière la tête et sort 50 € de son portefeuilles.

- Ça vous payera le trajet et de quoi vous ravitailler ! Blake n'oublie pas de me prévenir quand tu arrives.

Il file dans son atelier pendant que je finis de préparer mes affaires.

- Ça va mec ? Vous en tiriez une gueule quand je suis arrivé !

- Ouais, ouais... Plus le temps passe, plus le passage au cimetière devient difficile pour lui. J'enfile ma veste, glisse la petite boîte dans ma poche et descend dans l'atelier, pour rejoindre la voiture garée devant le garage. J'aperçois mon oncle sous une voiture et lui fait signe de la main avant de partir.

Arrivé dans ma chambre, je me couche sur le lit et joue avec l'étui qui contient, ce qui était pour ma mère, sûrement l'objet le plus précieux qu'elle possédait. John pense que j'espérais avoir plus, mais c'est clairement le meilleur cadeau qu'il aurait pu me faire. J'enfile la chaîne autour de mon poignet en y faisant deux tours et découvre sur le fermoir les initiales de ma mère A.M. . Les larmes me montent. Ce n'est pas de la tristesse que je ressens, non, se sont des larmes de rage envers ce connard qui a brisé sa vie. 

_____________________________________________

NDA : Merci de donner une chance à mon histoire. N'hésitez pas à laisser un petit commentaire pour me dire ce que vous en pensez, je serais ravie de discuter avec vous.

Ces rêves qui me hantentOù les histoires vivent. Découvrez maintenant