Hier, j'ai vomis
Aujourd'hui, je vomis
Demain, je vomirai
La nuit dernière, je n'ai pas dormi
Cette nuit, je ne dors pas
La nuit prochaine, je ne dormirai pas
Hier, je me suis réveillée avec la boule au ventre
Aujourd'hui, je me réveille avec la boule au ventre
Demain, je me réveillerai avec la boule au ventre
Et tout ça pour quoi ?
L'école. Tout ça pour l'école.
Tout ça à cause de l'école.
L'école. Le lycée.
Tout ça m'effraie.
Personne aime aller à l'école. Mais moi, c'est différent. J'ai peur. Vraiment peur.
Ce lieu m'effraie. La pression scolaire m'asphyxie.
Je suis incapable de rester sereine.
Je suis incapable de garder le contrôle sur mes pensées. Sur mon corps.
Aller au lycée me donne envie de vomir. Me rend malade.
Je ne peux mettre un pied au lycée sans retenir une crise d'angoisse.
Voila pourquoi, je suis tant absente.
Je simule de nouveaux maux chaque jour.
Je ments de nouveaux mots chaque jour.
Je ne peux y aller.
J'ai peur.
Une peur incontrôlable qui me prend tout les matins. Toutes les nuits.
Une peur qui me maintient éveillée jusqu'à une heure du matin. Jusqu'à deux heure du matin. Jusqu'à trois heure du matins. Jusqu'à quatre heure du matin.
Mais pourtant, je tenterai de me lever. Mon réveil sonnera à 5h50 comme tout les jours.
Et je me leverai.
Je chercherai une nouvelle excuse pour ne pas y aller.
Malheureusement, mes parents ne m'écoutent plus.
Ils m'enverront au lycée avec 39° de fièvre, une crise d'endométriose et une nuit inférieure à deux heures dorénavant.
Ma santé mentale ne les importe plus.
Mais le lycée la détruit.
J'ai peur.
Chaque jour est pire que le précédent.
Mais chaque jour je me force.
Chaque matin, en me réveillant, je maîtrise ma crise d'angoisse naissante.
Chaque jour, en passant le portail, je mets ma musique à fond.
Chaque jour, en entrant dans la classe, je respire un bon coup et compte les secondes avant la pause.
Je n'en peux plus mais je dois continuer. Je dois continuer sinon je ne finirai jamais mes études. Sinon je ne surmonterai jamais cette peur, cette angoisse.
Passer devant ma classe restera la pire épreuve qu'il existe.
Devant tout ses yeux qui observent la moindre de mes erreurs.
Et j'en perds mes mots à chaque fois.
Je connais mon texte par cœur, sur le bout des doigts. Mais la panique me saisit et je suis obligée de lire ma feuille pour fuir tous ces regards posés sur moi.
Je perds mes mots.
Les mots que j'ai écrit plus tôt sur ma feuille se confondent. La population deviendra le pourcentage.
Et pour parer, cette crise qui me saisit, je ne dirai pas tout ce que je sais. Tout ce que j'ai appris. Tout ce que je connais.
Je deviendrai synthétique, brève, courte, succinte.
Et on aura l'impression que je n'ai pas travaillé.
J'aurai l'air stupide par mon manque de vocabulaire, mon bégaiement, mon analyse bien trop rapide.
Je suis intelligente, je le suis.
Mais cette perte de mes moyens, cette angoisse qui me prend me fait paraître stupide.
Ma peur de l'école me fait paraître stupide.
Ma peur du regard des autres me fait paraître stupide.
