1- RUE

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Vendredi 06 septembre 2013, France

Ma mémoire me fait de plus en plus défaut ces derniers temps. Des pertes de mémoire qui commencent à inquiéter ma mère qui ne comprend pas comment c'est possible d'être aussi tête en l'air.
Je pencherais pour l'option des dégâts causés par ce que je fume au quotidien, sans me soucier de l'impact que ça peut avoir sur moi ou bien tous les coups que j'ai encaissés toute mon enfance.

Ma mère me répète pour la troisième fois depuis la cuisine de ne pas oublier de me rendre à mon premier rendez-vous chez le psy aujourd'hui. Je dépose le carton que j'avais entre les mains et la rejoins dans ce tout nouvel endroit qu'est notre maison. Je sens que je vais avoir du mal à m'habituer à ce changement.

- Ça fait trois fois que tu me le répètes en dix minutes. Je sais que j'ai mauvaise mémoire mais je ne suis pas encore un poisson rouge, déclarais-je.

Depuis que son avocate lui a suggéré que j'ailles voir un psychologue pour m'aider à "surmonter l'événement", ma mère a trouvé que c'était une très bonne idée pour moi d'aller voir un psychologue alors que je m'y suis opposé depuis le début.

Certains pensent encore qu'il n'y a que des fous pour en consulter alors que ma mère était plutôt du style "on est en 2013 le monde évolue". Ce qui a beaucoup joué sur son avis est son métier d'infirmière. Soigner des patients depuis une dizaines d'années change forcément la vision des choses.

Pour ma part, je pense que c'est juste un moyen de perdre son argent. Je ne vais rien avoir à dire, il va rester là à me regarder en silence pour à la fin me dire "ça fera cinquante euros monsieur". Je ne suis ni convaincu ni certain que parler suffira à m'aider. Mais je le fais pour ma mère.

- Tu veux que je t'emmène? me demande-t-elle.

- Non je vais y aller avec ma moto, ne t'en fais pas.

- Je ne sais toujours pas pourquoi je t'ai laissé passer ce permis plutôt que celui pour la voiture...

- Je serai prudent. Tu commences à quelle heure le boulot?

- Vingt-et-une heure. Je serai de garde toute la nuit donc je ne rentrerai pas avant quatre heures du matin. Tu pourra-

- M'occuper de mon frère? La coupais-je. T'en fais pas, je gère comme d'habitude.

Elle me sourit, soulagée, avant de commencer à déballer les premiers cartons de la cuisine.

- Laisse, je m'en occuperai en rentrant tout à l'heure. Tu devrais aller te reposer avant de commencer ton service.

- Tu es un ange.

Elle contourne l'ilôt central et pose sa main sur ma joue de manière affective, comme elle l'a toujours fait, avant de partir rejoindre sa chambre.

Je regarde cette cuisine, cherchant peut-être à me familiariser avec l'endroit et à me dire que c'est ici notre nouveau lieu de vie. Les murs étaient blancs, les meubles crèmes et certains gris, on voyait bien que cette pièce n'était pas encore entachée par des histoires passées, par une vie quelconque. Comme tout le reste de la maison.

C'était un endroit neutre. Un peu trop à mon goût et c'était peut-être ça qui me dérangeais. Mais au fond, je savais que notre passé et la peur que les choses se répètent étaient ce qui me faisait le plus peur.

Je sors dans le jardin à l'arrière de la maison et j'y retrouve Max qui est déjà en train de se chercher un endroit où construire une cabane. Je pars le rejoindre et lorsqu'il me voit, il court pour me sauter dans les bras.

Je le réceptionne comme un ballon et mes bras portent son petit corps. Heureusement qu'il n'a que six ans et que j'ai assez de force dans les bras autrement, je perdrai mon équilibre. Je remarque qu'il fait la moue. Quelque chose semble lui déplaire.

DAMAGED Des histoires addictives. Découvrez maintenant