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𝙵𝚒𝚗 𝚍𝚎𝚜 𝚌𝚘𝚞𝚛𝚜
𝚂𝚝. 𝙿𝚎𝚝𝚎𝚛𝚜𝚋𝚞𝚛𝚐 𝚌𝚘𝚕𝚕𝚎𝚐𝚎
Les cours de la journée sont enfin terminés, et mon cerveau ressemble à une vieille radio brouillée, dont l'antenne aurait été arrachée à mains nues. Les bourdonnements, les voix des étudiants, le claquement des portes d'amphithéâtre tout se mélange dans ma tête dans un chaos auquel même la caféine ne peut plus rien. Rester concentrée m'a demandé un effort mental presque humiliant, une lutte constante contre la lassitude et le sommeil.
Aujourd'hui, j'ai fini plus tôt que mes deux amis. Une chance, en théorie mais en pratique, ça me laisse juste plus de temps pour errer dans ma ville et d'aller faire les courses pour la maison, même si, honnêtement, je préférerais me jeter dans mon lit et y hiberner jusqu'à ce que la vie décide de devenir plus simple.
Autant dire : jamais.
Je rejoins ma moto sur le parking de la fac, c'est la seule chose qui me donne réellement cette impression de contrôle. Je grimpe dessus et par pure provocation envers la vie, envers le destin ou envers moi-même, je ne mets pas mon casque. Le vent de Floride, encore frais malgré le soleil, s'empare immédiatement de mes cheveux, fouettant mon visage et m'arrachant un soupir agréable. Pendant quelques minutes, la lourdeur de ma journée s'efface. Juste moi, ma moto et la vitesse.
Je me gare devant le supermarché et coupe le moteur d'un geste sec. Le parking est presque vide, une atmosphère silencieuse qui me met encore plus mal à l'aise. Je lâche un long soupir, comme si expirer pouvait suffire à repousser le tumulte qui se produit à l'intérieur.
Je hais les supermarchés, sachez-le.
— Allez... courage, murmurai-je pour moi-même.
Je pêche le petit papier que Ivy a glissé dans mon sac ce matin.
— Lait, œufs... Très bien, dis-je avec un sarcasme las.
À l'intérieur, l'air climatisé intensifie l'odeur du plastique, des produits ménagers et des fleurs artificielles qui me prend à la gorge. Je récupère un chariot près de l'entrée et parcours les rayons méthodiquement : légumes, fruits, protéines, laitages... Je coche mentalement tout ce qui figure sur la liste au fur et à mesure que je les mets dans le chariot. Il ne reste plus qu'un seul rayon, celui des grignotages.
Celui que je déteste.
Pas parce que je n'aime pas ça. Au contraire, mais parce que c'est le rayon où ma mémoire adore me torturer. C'est là où les souvenirs se réveillent, où les cicatrices internes recommencent à brûler, où mes mains tremblent légèrement malgré moi.
Je me dirige vers l'allée en mordillant ma lèvre inférieure, un geste à la fois nerveux et qui trahit mon stress. Des enfants rient en dévalisant les étagères, attrapant des paquets de bonbons colorés, des chips aux goûts improbables, des sucreries qui débordent presque de leurs bras. Ils supplient leurs parents, qui finissent par céder en riant.
Je les regarde et mon souffle se brise comme du verre. Les bruits autour de moi deviennent lointains, étouffés, comme si quelqu'un avait plongé ma tête sous l'eau. Mon cœur cogne, trop fort, trop vite. Ma vision se trouble et mes mains deviennent moites puis soudain...
Je ne suis plus dans un supermarché.
Je suis de nouveau cette petite fille de onze ans.
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LILITH
Non-FictionZayhrah n'a jamais cru aux sauveurs. Elle a appris très tôt que survivre signifiait fuir, encaisser et ne jamais faire confiance. Son passé n'est qu'un enchaînement de blessures qu'elle a fini par enfouir, jusqu'à oublier certaines parties d'elle-mê...
