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La machine hurle sous moi.
100 km/h
Le vent me lacère le visage malgré le casque, laissant des frissons parcourir chaque centimètre de ma peau. Mes yeux, concentrés derrière la visière teintée, scannent la route, analysent chaque obstacle, chaque moto, chaque mouvement dans un réflexe presque instinctif.
La moto n'est plus juste un engin : c'est une partie de moi. Chaque virage, chaque accélération glisse sous mes mains, et j'ai l'impression de danser avec la route.
Et c'est mon moyen de respirer quand tout le reste m'étouffe.
Je me replace dans l'axe juste devant une moto dont le conducteur, agacé, me tend son majeur l'air de dire dégage.
Une provocation pour moi... Une erreur monumentale pour lui.
Je projette mes clous avec précision. Un claquement sourd puis le sifflement de l'air s'échappant de son pneu. Ma fléchette d'arbalète suit, traversant l'air avec une trajectoire mortelle, se fichant dans sa bulle.
Un petit cadeau.
Sa moto dévie brutalement, percute le muret sur le côté... puis éliminé. Je ne ralentis pas, au contraire. J'accélère, laissant derrière moi le chaos que je viens de créer.
Le motard derrière moi est massif. Il tente de me déstabiliser, en percutant l'arrière de ma moto plusieurs fois. La troisième fois, c'est la bonne : je perds l'équilibre et roule au sol. Mon corps glisse sur le bitume et un juron m'échappe alors que ma moto continue sa course quelques mètres avant de s'arrêter.
Ma peau brûle sous le choc, mais je n'ai pas le temps de m'arrêter ni de souffrir. Lors des mes courses la douleur n'existe pas. La défaite n'existe pas. L'adrénaline me relève avant même que je comprenne ce qui se passe. Je cours, attrape ma moto et mes mains trouvent le guidon comme si elles n'avaient jamais été séparées de lui. Je saute sur la selle, les muscles tendus, et reprends la route.
120.
Je fonce et le monde autour de moi se transforme en un flou incandescent de néons, d'acier et d'ombres mouvantes. Je rattrape le motard, puis attrape mon arme à feu, tire une balle qui se plante directement dans sa roue arrière. Il perd le contrôle et sa moto tourne sur elle-même avant de se coucher au sol.
J'aperçois le motard juste devant moi, à quelques longueurs seulement. On se retrouve à égalité, côte à côte. La ligne d'arrivée est là, tout près, chaque mètre qui nous sépare semble interminable
140 km/h.
Je bloque, je fais des vagues, j'empêche quiconque de me dépasser. Je serre les dents. Mon cœur bat à une vitesse irréelle. Mes doigts sont crispés, mais je tiens. Je tiens jusqu'au bout.
J'aperçois la ligne d'arrivée, fonce et la franchit.
— Et... la gagnante est Lilith !
J'enlève mon casque. Mon cœur tambourine si fort que j'ai l'impression qu'il va exploser. L'air autour de moi vibre encore des moteurs et du rugissement des pneus, mais je ne l'entends plus. Tout ce qui existe, c'est cette sensation brûlante dans mes veines, cette adrénaline pure qui me fait trembler des mains jusqu'aux jambes. L'annonceur attrape mon poignet et le lève dans un geste victorieux. Les applaudissements et les hurlements résonnent autour de moi.
Le deuxième arrive et retire son casque.
J'observe les tatouages sur ses avant-bras, des dessins dont je ne veux pas connaître les détails. Il s'approche de moi d'un pas sûr. Son regard glisse sur moi, lentement. Sa main frôle l'arme cachée dans son jean, mais mes yeux ne lâchent rien.
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LILITH
RomanceZayhrah n'a jamais cru aux sauveurs. Elle a appris très tôt que survivre signifiait fuir, encaisser et ne jamais faire confiance. Son passé n'est qu'un enchaînement de blessures qu'elle a fini par enfouir, jusqu'à oublier certaines parties d'elle-mê...
