CHAPITRE XIV

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L’inconfort, c’était tout ce qu’Idae ressentait face aux iris noires et furieuses du Roi. Depuis qu’il avait congédié Élion dans le couloir, un silence pesant régnait entre eux. Les murs de la chambre semblaient se resserrer autour d’eux, l’air lui-même était devenu lourd, saturé d’une tension prête à éclater. Le Roi ne la quittait pas du regard, immobile comme une statue, et elle tentait, tant bien que mal, de garder un semblant de dignité face à cet homme qui, d’un seul mot, pouvait briser son destin.

Elle sentait ses doigts trembler, mais elle les dissimula dans les plis de sa robe. Chaque seconde d’attente faisait battre son cœur un peu plus fort, résonnant dans sa poitrine comme un tambour de guerre.

— Je vous avais demandé de ne pas sortir de votre chambre. Vous êtes ma prisonnière, oui ou non ? demanda-t-il d’une voix d’une tranquillité si glaciale qu’elle en fut plus terrifiante encore que la colère.

— Certes je suis votre prisonnière, répondit-elle d’un ton tranchant. Mais je suis aussi un être humain qui a des besoins.

Le regard du Roi s’assombrit davantage. Il haussa imperceptiblement un sourcil, et sa voix, lorsqu’il parla, claqua dans la pièce comme un fouet.

— Que veut dire cela ?

— Votre Majesté, dit-elle d’une voix tremblante mais assurée, vous et moi savons que cette situation n’a rien d’anodin. Alors je demande à avoir le droit de sortir hors de ma chambre. Aujourd’hui, j’ai patienté longuement pour avoir mon petit déjeuner — chose que je dois préciser, je peux faire moi-même sans l’aide de personne. J’ai besoin de soleil, de parler à d’autres personnes. Sinon je crois que je vais devenir folle !

Sa voix monta d’un ton, presque suppliante, avant de se briser dans l’air. Les mots étaient sortis avec la force du désespoir. Elle ne supportait plus cette solitude forcée, ce sentiment d’être un oiseau en cage qu’on regarde battre des ailes sans jamais ouvrir la porte.

Ernos resta impassible, mais son regard était devenu plus dur.

— Vos envies ne vous donnent pas le droit d’outrepasser mes ordres, Mademoiselle, lança-t-il sèchement.

La jeune femme sentit la colère monter en elle, brûlante, fulgurante, indomptable. Sa poitrine se soulevait à un rythme saccadé, sa gorge se serra. Les joues rougies par la rage, elle serra les poings si fort que ses ongles s’enfoncèrent dans sa peau.

Elle se leva brusquement, bousculant sa chaise, et d’un pas rapide, elle se planta devant lui.

— Eh bien vous savez quoi ? Je m’en fiche de vos ordres ! Je ne peux plus supporter cette situation. Je préfère mille fois être dans un cachot, en sachant quelle fin m’attend, que de rester encore une seule seconde votre jouet personnel ! Je ne veux plus que vous ayez une telle emprise sur ma personne. Et puis, je vous déteste ! Faites-moi pendre si vous voulez, je ne m’en soucie guère. Tout ce que je souhaite, c’est d’être loin d’un homme comme vous !

Ses mots jaillirent comme un cri du cœur, emplis de rage et de désespoir mêlés. Elle n’avait plus de barrière, plus de filtre. La douleur l’avait poussée à bout. Ses yeux brillaient de larmes qu’elle refusait de laisser couler. Elle voulait qu’il comprenne, qu’il ressente un dixième de ce qu’elle endurait.

Ernos resta un instant immobile, figé. Seule sa mâchoire se contracta. Lentement, il se leva, son visage impassible redevenu masque. Ses gestes étaient lents, calculés, d’une précision mortelle. Il arrangea d’un geste calme les plis de son costume gris, puis se dirigea vers elle, silencieux, comme un prédateur s’approchant de sa proie.

Le cœur d’Idae tambourinait à s’en rompre. Chaque pas qu’il faisait vers elle résonnait dans son crâne, plus fort, plus lourd, plus menaçant. Elle recula d’instinct, mais il continua d’avancer jusqu’à ce que son dos heurte le mur.

Impéria [En Cours]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant