Mardi 14 octobre:
Les sièges de la salle d'attente sont froids. La petite pièce se veut accueillante de par la grosse plante face à moi pourtant, avec le temps nuageux à l'extérieur, tout me semble froid et terne. Peut-être parce que Papa m'a obligée à venir ici et que ça n'a fait que me faire réaliser l'importance de ma situation.
Je triture la fermeture éclair de ma veste alors que mes écouteurs sont fixés à mes oreilles, comme toujours, attendant patiemment mon tour. La porte finit par s'ouvrir, attirant mon attention.
- Luna Evadne?
Je retire précipitamment mes écouteurs et me lèves aussitôt, rencontrant le regard d'une femme adulte, brune, l'air d'avoir la vingtaine. Elle me sourit. Un sourire doux. Sa voix l'est tout autant.
- On y va?
Je rentre dans son bureau sans piper mot, m'installe dans un petit fauteuil qu'elle me désigne. J'essaie de me faire la plus petite possible. Elle s'installe face à moi, un petit carnet et un stylo dans les mains.
Je remarque qu'une bougie est allumée, dégageant un parfum de vanille chaleureuse dans la petite pièce.
- Vous voulez commencer par me parler un peu de vous? demande-elle.
- Je ne vois pas trop quoi dire, dis-je d'un ton si faible que je me demande si elle m'a entendu mais elle ne me demande pas de répéter.
J'ai les yeux baissés sur mes mains, n'osant pas affronter son regard. Ça me met mal à l'aise. D'autant plus que ce calme est perturbant.
Durant une heure et cinq minutes, elle me pose des questions pour essayer d'entamer une discussion ou tout simplement de me faire parler mais je ne sors que de brèves réponses ce qui met fin rapidement à la discussion.
Je n'arrive pas à lui parler. Je n'arrive pas à parler tout court. J'ai peur que si je lui raconte quelque chose, ça ait des conséquences. Et si mon harceleur anonyme m'entendait par je ne sais quels moyens? Il pourrait utiliser ces informations contre moi. Je ne peux pas prendre le risque. Une part de moi sait que je suis légèrement parano sur les bords mais comment ne pas le devenir?
Ce week-end encore j'ai reçu un message de l'inconnu me disant m'avoir à l'œil et que, bientôt, tous les parents ne parleraient plus que de moi au directeur de l'école. J'ai pris peur et ai tenté d'ignorer le message. Mais dans les heures qui ont suivies, j'ai reçu une photo de moi avec un montage dans le but de m'humilier avec écrit "bientôt plus zèbre qu'humaine", faisant référence à mes cicatrices.
Il n'y a rien de plus dégradant que d'être rabaissé à un animal, d'être moqué et exposé de la sorte. Je me demande ce que j'ai bien pu faire pour mériter un tel sort. Peut-être que c'est ma punition pour ne pas avoir réussi à sauver Maman. Peut-être parce que je rends la vie difficile à Papa, que je fais toujours les mauvais choix. J'ai toujours cette part de moi qui me blâme et qui me souffle que je mérite tout ce qui m'arrive. Et je finis souvent par y croire.
- Je ne vais pas pouvoir te garder plus longtemps, déclare la psychologue qui venait de vérifier sa montre au poignet. Tu n'as pratiquement pas parlé de l'heure. Si tu n'es pas prête, ce n'est pas grave mais il faut que tu saches que tu peux me faire confiance. Ce que tu me racontes ici restera entre nous.
Elle attend une réponse. Je ne lui sert qu'un bref hochement de tête, pressant mes lèvres entre elles. Ses épaules s'abaissent, comme si elle abandonnait. Je la regarde se lever et ouvrir la porte et m'empresse de faire de même.
- Tu es libre de reprendre rendez-vous quand tu veux. Et pour t'aider à te confier, si tu ne le fais pas déjà, je te conseille d'écrire dans un carnet tout ce que tu ressens si tu as l'impression de te sentir submerger par tes pensées. Ça te permettra de te vider l'esprit.
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DAMAGED
RomantikLorsque la noirceur nous entoure trop longtemps, on finit par s'y perdre. La vie est loin d'être facile pour Rue. Ses traumatismes le hantant jour et nuit, il se doit d'aller de l'avant et de faire face à sa nouvelle vie dans une petite ville où il...
