Son bon vieux sac en cuir sur son lit, Jiff était occupée à le remplir de tout le strict nécessaire : des vêtements, de l'argent, des livres... Et son cahier. Un petit cahier en suède qui la suivait partout depuis bientôt un an. Peu importe où elle allait, elle l'avait sur elle, et personne n'avait jamais pu voir ce qu'il y avait de si précieux à l'intérieur.
Voilà la réponse : une liste. Une simple liste de seize choses qu'elle désirait faire, dans sa vie. Elle plaça avec soin le carnet sur le dessus de son sac et le ferma. Elle jeta ensuite un bref coup d'œil à l'horloge : elle annonçait une moins le quart. Ses parents devaient déjà être endormis, ce qui se confirma par l'absence de lumière et de bruit dans la maison.
Avant de quitter sa chambre, elle attrapa son sac à bandoulière dans lequel elle avait tout le nécessaire pour voyager : de l'argent, son passeport et un livre. Jiff sortit ensuite de chez elle en faisant le moins de bruit possible, afin de ne pas réveiller ses parents. Cela ferait échouer tout le plan qu'elle s'était faite pour quitter son foyer familial. Heureusement, elle avait réussi à sortir à l'extérieur, regardant le magnifique ciel de nuit qui s'offrait à elle.
Un taxi l'attendait déjà à l'extérieur pour l'amener à l'aéroport le plus prêt, c'est-à-dire celui de Reykjavik. Jiff n'avait pas perdu de temps : elle s'était dépêchée pour acheter son billet d'avion. Elle avait choisi un billet pour New York City. C'était une ville qu'elle avait, comme beaucoup de gens dans le monde, toujours voulu visiter. Aujourd'hui semblait être son jour de chance.
Son vol était annoncé pour six heures trente. Elle devra donc patienté. Elle en profita donc pour s'arrêter dans un petit café, avant de passer la sécurité. Elle avait lu pendant au moins deux heures. Sur sa montre, on pouvait lire l'heure de trois heures. Plus que trois autres petites heures et demie à attendre. Jiff décida donc d'aller porter sa valise et d'ensuite passer le poste de sécurité. Elle n'aura qu'à attendre de l'autre côté, ce n'est pas bien grave. Comme peu de gens se trouvait à l'aéroport, l'attente fut courte et la rouquine se retrouva rapidement dans la zone internationale.
Un petit sentiment de bien-être naquit dans sa poitrine. Techniquement, elle était toujours en Islande, mais le fait qu'elle se trouvait dans la zone internationale lui apportait une certaine liberté. Cependant, elle trouvera une liberté totale seulement lorsqu'elle aura posé les pieds en Amérique.
Jiff s'assit sur un banc, son livre sur les genoux. Il s'agissait d'une traduction anglaise du roman d'Arto Paasilinna, Le lièvre de Vatanen. Il s'agissait d'un classique de la littérature finlandaise et l'histoire était agréable, rafraichissante. On suivait la vie de Vatanen, un journaliste, et du lièvre qu'il a retrouvé, blessé, après que sa voiture l'eut percuté. C'était une histoire qui traitait de nature, d'écologie de façon humoristique.
Rapidement, six heures vingt sonna, soit dix minutes avant son vol. La salle d'attente avait eu le temps de se remplir de familles et de travailleurs islandais qui, eux aussi, se rendait à New York City. Jiff s'était donc dirigée vers les portes d'embarquement. Une excitation grandissante lui tiraillait les tripes : après tout, ce n'était pas tous les jours que l'on quittait son pays pour en découvrir un autre.
Peu de temps après, elle était assise dans son banc, en classe économique. Elle avait eu la chance d'obtenir une place près du hublot. Elle pourra ainsi regarder dehors, s'imaginer qu'elle était un oiseau, qu'elle volait. Son sac sur ses genoux, elle ne pouvait s'empêcher de jouer avec la bandoulière. Malgré tout, elle restait très nerveuse. C'était la première fois qu'elle prendrait l'avion, à dix-neuf ans.
Une vieille dame aux allures sympathiques et son vieux mari qui semblait moins sympathique prirent place à ses côtés. Un peu de compagnie ne ferait pas de mal, non ? Lorsqu'elle avait acheté son billet, la dame lui avait dit que le vol durait cinq heures et demie. Elle pourra donc dormir un peu. Il le faudra, du moins, considérant le fait que l'engin métallique atterrira en sol new yorkais à sept heures et demie, s'il n'y avait pas de complication en chemin.
L'avion, environ une vingtaine de minutes plus tard, se prépara à décoller. Le niveau de nervosité de l'Islandaise devait bien être à son maximum, à cet instant. Les moteurs de la bête se firent entendre et, bientôt, l'engin prit énormément de vitesse, puis décolla du sol. Les ongles de Jiff étaient profondément ancrés dans les appuie-bras du banc. Ils ne s'en détachèrent que lorsque l'avion cessa de monter dans les airs. Cela avait bien fait rire la bonne dame à sa droite. Une fois bien à l'horizontal, Jiff avait regardé un peu dehors, mais s'était rapidement endormie, épuisée.
Elle ne rouvrit les yeux qu'une trentaine de minutes avant que l'avion n'amorce son atterrissage. Encore une fois, les ongles de la rousse retrouvèrent leur même position qu'au décollage. Elle n'aimait définitivement pas l'avion. Ça tombait bien, puisqu'elle ne comptait pas rentrer en Islande. Du moins, pas avant longtemps.
Une fois les pieds bien au sol, à l'aéroport John F. Kennedy de New York, elle avait passé la douane, puis avait récupérer son bagage. Curieusement, tout ça s'était passé très vite. Il n'y avait pas eu d'attente, comme elle s'y attendait. En sortant de l'aéroport, elle prit un taxi qui l'emmena jusqu'à Manhattan.
C'était magnifique. On lui avait dit que New York City de nuit, c'était magnifique. Malheureusement, elle devra attendre jusqu'à ce soir pour s'en rendre compte. Mais peu importe, elle s'en fichait ; elle était en terres américaines.
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Augnablik
Novela Juvenil« Lorsqu'on lui demande "pourquoi Jiff", elle nous répond "un moment s'il vous plait", puis s'en va, sans un mot de plus. »