1. L'Etoile du Pacte

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Trois années s'évanouirent dans le silence des jours, et la vie reprit son cours.
Plus jamais Adélaïde ne tomba malade. Au contraire, sa santé semblait éclatante, comme si un souffle nouveau parcourait ses veines. Mais c'est Elenna qui dépérissait.
Chaque mois, à l'approche de la pleine lune, un cauchemar la prenait. Belzébuth venait. Il entrait dans ses rêves, les souillait, les brûlait. Elle s'y débattait, impuissante, tandis qu'il puisait lentement dans sa vie.
À son insu, une marque prenait forme sur sa peau une étoile. Elle grandissait, point par point, comme un sort scellé depuis l'enfance.

Quand l'étoile serait complète, il viendrait. Elle devrait le suivre dans son royaume. Peut-être, alors, si sa vie terrestre avait été pure, accéderait-elle à un quelconque paradis. Mais qui pourrait juger ce qui est pur ?

Ce jour-là, le soleil d'été pesait sur les jardins. Elenna marchait à pas lents entre les rosiers, les pensées en suspens, quand la voix joyeuse d'Adélaïde fendit l'air.

— Elenna ! Elenna !

— Calme-toi Adélaïde, que se passe-t-il ?

— Robert... m'a demandée en mariage !

— Non ? Oh... je suis heureuse pour toi.

— Il est venu ce matin, m'a emmenée voir une pièce, et après, en se promenant au bord de la Seine, il s'est agenouillé...

— Félicitations. Toi qui en rêvais...

— Tout sera parfait. Il faut que je prépare chaque chose !

— Calme-toi, rit doucement Elenna.

Mais à cet instant, un étau serre son crâne. Sa vue se trouble. Le monde vacille.

— Elenna, non !

Ce sont les derniers mots qu'elle entend avant de sombrer.

Une voix grave résonne dans sa tête, froide et familière :

— Le jour approche, Elenna.

Elle ouvre les yeux. Adélaïde est penchée sur elle, les traits décomposés.

— Viens. Nous rentrons. Tu dois te reposer.

— Je vais très bien, ce n'était rien...

— Ne discute pas. Tu es pâle à faire peur. Et tu dois m'aider à tout organiser.

— Je capitule...

Adélaïde sourit. Elles rentrent, main dans la main, comme deux sœurs dans l'innocence de l'été.

Pendant un mois, la vie semble suspendue à la joie. Elenna sourit, cuisine, coud, rit. Mais chaque nuit, ses songes sont des gouffres. Et la veille du mariage, le cauchemar la happe sans merci.

Elle est nue, offerte, à genoux devant un trône noir sculpté d'ossements. Un homme y siège. Immense, sauvage. Ses yeux de glace la fixent avec cette lenteur cruelle qu'ont les prédateurs. Il sourit. Un frisson d'effroi la traverse.

Elle veut fuir, mais son corps est prisonnier. Sa voix, figée.

Le roi démon se lève, s'avance, et la soulève par la gorge comme si elle ne pesait rien.

— Alors... c'est toi ? murmure-t-il à son oreille.
— Je vais te briser, bien avant qu'il ne puisse te sauver.

Elle hoquette, se débat, les doigts crispés sur son poignet. Il l'observe, la scrute, et souffle :

— Tu ne mourras pas, Elenna. Mais tu connaîtras des douleurs bien pires que la mort.

— Pitié...

L'étoile MauditeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant