Chapitre I |Lei|

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31 octobre 1889, ap. L-A
8:29
Lei avait reçu une lettre.

8:32
Lei avait lu la lettre.

8:43
Lei avait déchiré la lettre.

9:00
Lei était partie travailler.

Ce matin-là, Lei ne put se concentrer. Son bureau, son ordinateur, sa plante artificielle qui la narguait, chaque détail inutile lui sautait aux yeux, aggravant la migraine qui l'avait frappée à son réveil.

Les mots qu'elle tapaient à l'ordinateur étaient vides de sens. Les lettres sautaient devant les yeux de la femme dans la mi vingtaine. Elle réprima un bâillement. Décidément, il serait impossible pour elle de se concentrer aujourd'hui.

Puis ce fut l'heure de sa pause. Son thé à la main, elle arpenta les bureaux vides de la petite entreprise où elle travaillait. Les portes peintes en gris, les murs couleurs de base où pointaient ici et là des affiches publicitaires et des annonces de toutes sortes. Elle posa son regard sur l'horloge: il était temps de revenir travailler.

12:00
Son dîner était terne. Tenant à la main son maigre sandwich au beurre d'arachide, elle se maudit une fois encore de n'avoir eu le courage de faire un repas mangeable. Ses quelques collègues de travail étaient où partis, où occupés. Elle était seule à la cafétéria.

16:30
Lei prit la direction de la sortie, déposant au passage sa démission. Le regard résolu, elle quitta son bureau, la pluie ruisselant sur son visage.

Ce soir-là, Lei passa à la banque et retira tout son argent. Rentrée chez-elle, elle prit un canif et entreprit de défaire le matelas de son lit, découpant un coin à l'extrémité droite du matelas. Au centre du trou, sous la mousse, entre les ressorts, un fusil acheté quelques années auparavant l'attendait.

Après avoir mis ses affaires dans un grand sac noir, la jeune femme sortit de son appartement, prit sa clé et la jeta dans la première poubelle qu'elle vit. De toute façon, elle ne reviendrait pas.

20:15
Lei était dans un train. Ses yeux sans vie fixaient le paysage rendu morne par la pluie. Elle regarda sa montre, 20:17. Encore 1h30 de route. Bientôt, Orland se dessina, ses hautes tours de verre défigurant les plaines qu'il y avait jusque là.

Demain, on sera le 1er novembre.

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