À l'intérieur,
ça pèse.
Ça pèse tellement
que parfois j'ai l'impression
que mes côtes vont céder.

Je porte des choses
qui n'auraient jamais dû toucher une enfant.
Des mains étrangères,
des bouches qui n'étaient pas les miennes,
des ordres,
des rires,
et cette putain de caméra
qui a volé ce qu'il me restait de dignité.

Je n'ai rien dit.
J'ai avalé la honte jusqu'à en avoir mal au ventre,
jusqu'à ce qu'elle devienne une seconde peau.
Depuis, je vis avec un désert à la place du cœur,
un désert où chaque souvenir
est un vent coupant qui me lacère encore.

J'ai grandi comme ça,
en silence,
à recoller seule des morceaux
qui ne tiennent même plus ensemble.

Et puis j'ai laissé quelqu'un entrer.
J'ai eu cette naïveté stupide
de croire que j'avais le droit
de ressentir autre chose que la survie.
Je lui ai ouvert un passage
dans ce lieu ravagé en moi.

Mais il a disparu à son tour,
sans bruit,
sans explication,
comme si j'étais un lieu qu'on traverse
mais où personne ne s'arrête.

Et son absence,
ce n'est pas juste un manque,
c'est un rappel.
Un rappel brutal
que je ne pèse pas assez
pour qu'on reste.

Alors j'éteins tout.
Je ferme les portes que j'avais entrouvertes.
Je déchire ce qu'il restait de fragile en moi,
parce que ça fait moins mal de le faire moi-même
que d'attendre que quelqu'un d'autre s'en charge.

Je ne veux plus aimer.
Je n'ai plus la force.
Chaque émotion est une fissure de plus,
et je suis déjà un sol prêt à s'effondrer.

Si l'amour doit être une catastrophe,
alors je préfère le désert.
Au moins,
le désert ne ment jamais.
  • JoinedNovember 16, 2025


Story by Coeur brisé
Elle avait onze ans by Coeurbrise
Elle avait onze ans
Elle rit, elle parle, elle danse... et pourtant, elle est brisée. À l'intérieur d'elle, un désert silencieux...