Le ciel était beau, ce jour-là, non pas beau dans le sens lisse et imprévisible d’un ciel sans nuages, tout juste d’un bleu uniforme, un de ces bleus si propres qu’ils finissent par paraître artificiels, presque mensonger, mais beau d’une autre manière, plus troublante, plus vivante, parsemée de milles nuages qui courraient, glissaient, se déformaient sans cesse sous l’effet d’une brise tiède et constante qui semblait elle aussi vouloir aller quelque part sans jamais arriver à destination, comme une pensée vague qu’on n’arrive pas à formuler, mais qu’on continue pourtant à suivre, porté par l’idée confuse qu’elle finira bien par dire quelque chose de vrai ; c’était un ciel comme ça qui se présentait devant moi : fabuleux, éblouissant, non pas parfait d’une couleur unique, ce genre de perfection sans aspérité qui endort plus qu’elle ne fascine, mais chargé comme une toile recouverte de tâches colorées, des tâches inégales, difformes, tantôt d’un blanc pur, tantôt grises ou dorées, parfois effilochées comme de la ouate arrachée, parfois épaisses comme des ombres en suspension, comme si quelqu’un, quelque chose, avait voulu exprimer un tumulte intérieur dans le ciel même, à travers ces formes mouvantes, imprécises, et que ce tumulte, au lieu de troubler l’ordre du monde, le rendait au contraire plus beau, plus juste, plus vrai.