Bonjour ma chère maman,
Comment allez-vous ? Moi, je me porte à merveille, bien que le voyage ait été épuisant ! J’aurais aimé avoir une halte entre Alexandria et Ive Esari pour me dégourdir, huit heures de train d’affilé, c’est vraiment trop ! Heureusement j’avais une place près de la fenêtre, j’ai ainsi pu à loisir observer le paysage défiler, les campagnes puis les montagnes… c’était superbe ! Je n’avais jamais vu de sommets si hauts, même lorsque nous étions allées à Vertefeuille avec papa, je me suis d’ailleurs tant tordu le cou à tenter d’en apercevoir les cimes que mes cervicales en sont encore douloureuses !
(...)
Durant le trajet, j’ai bien suivi vos conseils et j’ai devisé avec une jeune fille assise en face de moi, une certaine Scarlet Desfrênes, magnifique avec ses cheveux de braises, mais quel caractère ! Constamment sarcastique et acerbe ! (...)
Ah ! Je voudrais tant que vous soyez à mes côtés ! (...) Au moment même où je vous écris, assise sur un banc à-demi dissimulé par des buissons près du lac, il y a un canard, un colvert qui s’approche imprudemment de moi dans l’espoir d’avoir quelque nourriture. Il a de la chance, j’avais justement conservé dans ma poche un morceau de pain du petit-déjeuner ! Il a l’air réjoui… Si tant est qu’un canard puisse avoir l’air réjoui, naturellement…
J’aimerais être aussi insouciante que lui, mais rien à faire, je ne parviens pas à me détendre. J’appréhende bien trop le début des cours et la rencontre avec les autres élèves pour cela. Mais vous écrire, comme vous m’aviez demandé de le faire, atténue quelque peu mon angoisse. Lorsque vous recevrez cette lettre, j’y serai déjà aussi je ne pourrais pas bénéficier de vos précieux conseils pour me préparer, mais ne tardez pas à me répondre, je vous prie !
Avec tout mon amour,
Votre Priscille
Chants d'Oiseaux, début de la lettre I, par Miss Avril 25