« Mais dites-in, ça fait quoi d'être bizarre H24-in? Tu dois te sentir complexée et exclue, nin?»
Pas forcément, je me sens plus comme : Comme si j'avais raté tous les trains, intentionnellement, et que je marche à mon rythme à côté des rails, car on va tous dans la même direction ; six pieds sous terre. Comme si tous les jours, j'espère un miracle : que quelqu'un descende, pas pour avoir une faveur, pas par moquerie, pas par solidarité, pas parce que j'ai l'air désespérée et facile, mais juste pour parler, de n'importe quoi, pour oublier nos maux respectifs. De temps en temps je confond un passager qui regarde les fougères pour un salut, c'est gênant. Des fois on me gueule dessus de les rejoindre alors qu'ils le font par convention, pas par compassion, aussi par effroi, car il n'y a que les tueurs qui s'exilent en marge. Des fois même je me lève sur la pointe des pieds, pour regarder dans les wagons, et redécouvrir ce paysage festif, et ennuyeux, d'actions nécessairement compliquées répétées qui mènent aux dérèglement. Pas du tout accueillant Je marche en attendant toujours, et pour oublier que l'horizon ne changera jamais et que je suis bien seule à griller au soleil, j'ai une sacoche, pleine de disques arc-en-ciel, et un lecteur magique, qui projette des images, et me fais ignorer tout le reste, pour faire passer le temps, vivre des émotions même si elle sont à d'autres, et oublier qu'au final, je vais rester seule à pied à côté de la voie. Personne n'est assez stupide pour descendre de son confort, c'est trop difficile. Mais j'aime ma vie difficile, à un trajet dans un siège inconfortable, avec des gens insupportables, qui ont oublié d'où ils viennent, où ils vont, et ne prennent même plus le temps d'admirer le soleil, le sable, la poussière, et les jeunes pousses vertes, les nuages comme un enfant, qui ont oublié les couleurs du ciel, et qui me demandent, comme à un animal rare, "qu'est-ce que ça fait de vivre en dehors du train?"