En cette veille de Saint-Valentin, alors que le tumulte du présent s'efface devant le souvenir, je me laisse dériver vers cette soirée de septembre 94. Plus de trente ans nous séparent de cet instant, et pourtant, l’encre de ce voyage n’a pas pâli.
Je ferme les yeux et je retrouve la chaleur moite du soir sur l'Atchafalaya. Je nous revois, complices, monter à bord de cette embarcation de fortune. Il y avait ce guide Cajun dont le français chantait comme une musique venue du fond des âges, un écho de notre propre langue perdu au milieu des marécages. Je me rappelle l'étonnement de nos voisins de bord, ce couple d'Américains découvrant, presque incrédule, qu'une âme française battait encore ici, au cœur de leurs propres terres.
Aujourd'hui, quand les heures au bureau s'étirent et que le rythme s'emballe, c'est vers cette paix que je me réfugie. Ce n'est pas seulement un décor que je retrouve, c'est la vibration d'une parenthèse magique vécue à deux. Le bayou n'est plus une destination lointaine ; il est devenu un sanctuaire intérieur, la preuve vivante que la beauté et l'amour savent arrêter le temps.