et des danses au milieu de la rue quand le soleil vient à se coucher
des chansons trop fortes en boucle
et sa bouche qui fredonne des paroles
qui la font se sentir libre
dans la main droite, ses chaussures qui lui font mal aux pieds
et qu'elle a décidé d'enlever
en traversant le passage piéton
elle a moins mal sur la boue, les cailloux, l'herbe et le goudron
elle se perd un peu parce qu'elle ferme les yeux
elle sourit quand même parce que le ciel devient jaune
une ronce lui griffe la cheville
une goutte de sang émerge, ce rouge rappelle ses larmes
parce qu'elle pleure sang dans sa tête
quand son cœur est brisé
ses chaussettes marchent dans une flaque d'eau
elle s'en fiche et continue d'avancer
elle danse et redanse
son téléphone dans sa main gauche
l'une de ses chaussures tombe
elle la ramasse pendant qu'une ortie en profite pour la piquer
elle se dit "je suis libre"
en réalité "elle est seule"
mais en cette fin de journée paumée
elle ne fait pas la différence
elle se remémore ce garçon qui lui a tenu la porte
et cette fille qui l'a remerciée à la cantine
elle ne sait même plus pourquoi
elle oublie à en oublier qu'elle vient de rompre
elle rit, maintenant au milieu des champs
ça lui rappelle ce mois de mars avec ellie
sa maison est loin
à s'en demander si elle en a réellement une
elle croque dans les nuages et fond dans la vie
avant de faire demi-tour, à contrecœur
dans sa cage thoracique c'est un torrent de rancœur
mais la chanson dans son casque n'est pas finie
alors elle continue de reculer
de s'enfoncer un peu plus dans les buissons
ou le déni, dira-t-on
toujours en souriant quand elle dépasse les rails