Valaya se réveilla brusquement, la joue collée contre les pages encore humides de son journal. L'encre avait légèrement bavé sous sa peau, comme si ses propres mots cherchaient à s'imprimer en elle. Pendant quelques secondes, elle resta immobile, les yeux ouverts dans le vide, prisonnière d'une sensation tenace.
Des doigts.
Elle aurait juré les sentir encore. Glissant le long de ses flancs, s'attardant sur sa poitrine, s'enfonçant dans sa chevelure sombre pour tirer sans douceur. Sa respiration se coupa. Son corps se crispa malgré elle, comme s'il revivait chaque seconde.
Elle ferma les yeux, inspira lentement... puis se redressa d'un coup.
Non. Pas aujourd'hui.
Elle s'étira longuement, mécaniquement, avec cette discipline que les mois passés auprès des Seakru lui avaient inculquée. Chaque muscle tirait, chaque articulation protestait, mais peu à peu, elle reprit possession d'elle-même. Son corps lui appartenait encore. Entièrement.
Elle sortit, traversa le camp, salua quelques marins encore engourdis, puis s'éloigna jusqu'au petit bras de rivière. L'eau fraîche lui mordit la peau, mais elle ne broncha pas. Elle se lava rapidement, presque brutalement, comme pour effacer quelque chose qui refusait de disparaître.
Quand elle revint au navire et ouvrit les réserves, elle comprit immédiatement : plus rien. Ou presque. Du pain dur, vieux, inutilisable.
Alors elle s'équipa, attrapa sa besace, et partit seule.
Elle chassa. Cueillit. Fouilla. Tria.
Quand elle revint, chargée de vivres, les marins se ruèrent sur elle comme des affamés. Elle n'eut même pas le temps de protester qu'ils lui avaient déjà vidé les bras.
— Dans la cuisine, lança-t-elle sèchement.
Ils obéirent.
Et quand certains tentèrent de rester pour regarder, elle leur lança un regard si noir qu'ils déguerpirent aussitôt.
Enfin seule, elle travailla.
Toute la journée.
Le feu, la viande, les épices, la pâte qu'elle pétrissait jusqu'à en avoir mal aux bras, l'odeur de fermentation qui emplissait la pièce... Elle se noya dans le travail jusqu'à ne plus penser à rien.
Le soir venu, elle lança une cuvée, retira son tablier, et monta sur le pont.
Le soleil disparaissait lentement derrière la jungle, noyant le ciel dans des teintes orangées. Le calme revenait. Enfin.
— On dirait que tu tiens toute la cuisine à toi seule.
Elle tourna la tête.
Artémis et Caëlin.
Elle eut un bref sourire. Fatigué, mais sincère.
Ils parlèrent. D'un ton léger, presque normal.
Puis Artémis lâcha, comme une pierre dans l'eau calme :
— Un type a été tué à Élyséa. À la taverne.
Le monde se figea une fraction de seconde.
Valaya ne cilla pas.
— Ah.
Rien de plus.
— On a préféré partir, continua Caëlin. Ça sent mauvais là-bas.
Valaya hocha simplement la tête.
"S'ils savaient."
Shoto apparut alors, sortant de l'ombre, et les salua brièvement. L'instant se brisa. Valaya en profita pour s'éclipser.
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Les royaumes déchus d'Aelys : Valaya, brisée mais debout
AcciónDans les Royaumes déchus d'Aelys, la paix n'est jamais qu'une illusion fragile. Valaya a survécu à la fuite, à la trahison et à la perte. Reconnue de nouveau sous son vrai nom, elle tente de reconstruire une vie loin des chaînes du passé. Mais les o...
