Prologue

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Après la bataille de Poudlard, Hermione s'était juré une chose plus jamais.
Plus jamais elle ne laisserait quelqu'un mourir dans ses bras.
Mais c'était déjà trop tard. Elle sentait encore, certaines nuits, le dernier souffle du professeur Snape s'échapper contre sa peau, cette chaleur qui s'éteignait, cette vie qui se retirait sous ses doigts tremblants. C'était la chose la plus déchirante qu'elle ait jamais vécue  plus douloureuse encore que les tortures, la fuite, la peur, toutes les horreurs de la guerre. 

Elle n'avait jamais eu le temps, ni le courage, de lui dire combien elle le respectait réellement, ni de s'excuser pour leur aveuglement d'adolescents.
Et ce jour-là, tant de vies avaient été fauchées. Trop de voix s'étaient tues. Trop de bonnes âmes avaient été sacrifiées.

Alors elle avait fait ce vœu. Et pour le tenir, elle s'était jetée corps et âme dans l'étude des arts les plus sombres, dans les techniques de défense moldue, dans tout ce qui pouvait lui permettre de ne plus jamais être impuissante devant la mort.

Au lieu de rejoindre le Terrier après la bataille, elle était partie presque en fuite. Direction l'Australie, pour retrouver ses parents.
Il lui fallut deux semaines pour les localiser à Sydney deux semaines de doutes, de trajets solitaires, d'espoir fébrile. Quand elle se retrouva enfin devant eux, dans cette petite clinique lumineuse où ils travaillaient désormais, son cœur se brisa une seconde fois. Parce qu'elle n'arrivait pas à inverser le charme.
Elle avait fabriqué l'oubli, et maintenant elle était incapable de le défaire.

Le plus terrible fut de les regarder sans qu'ils ne reconnaissent en elle la moindre trace de leur fille.
Elle comprit alors que, quelque part, elle venait de perdre sa famille pour la deuxième fois. Et la douleur de cette perte, ajoutée à celle de Fred, de Tonks, de Lupin, de Snape... faisait trop.
Trop pour retourner vers les autres. Trop pour prétendre que tout allait bien.
Elle ne supportait pas l'idée de croiser le regard de Harry ou de Ron, lourds de deuil, et d'y ajouter le poids du sien.

Alors elle disparut.

Elle passa le reste de l'été à errer autour du monde, dépensant l'argent qu'elle avait gagné malgré elle en étant l'une des figures du « trio d'or ». Elle se découvrit une étrange liberté dans l'anonymat des gares, des ports, des chambres d'hôtel trop petites.
À mesure que les lieux défilaient, ce fut elle qui changea.

L'ancienne Hermione  la fille aux cheveux indomptables et au sourire un peu trop large, celle qui courait dans la Grande Salle avec son sac de cours  s'effaçait lentement.
À sa place, naissait une jeune femme qui n'avait plus peur d'afficher son corps, qui s'était teint les cheveux en noir profond comme pour absorber la nuit, qui s'était offert quelques tatouages et piercings comme autant de cicatrices visibles, choisies cette fois.
Elle explorait une part d'elle-même qu'elle n'avait jamais laissée exister jusque-là. Le monde ne lui apparaissait plus comme une opposition entre le bien et le mal, la lumière et l'ombre. Désormais, tout était gris, flottant, instable comme elle

Lorsque la lettre de la nouvelle directrice McGonagall arriva, elle était dans un hôtel de Lisbonne, les volets grands ouverts sur l'océan.
L'enveloppe, lourde et officiellement scellée, lui proposait de revenir à Poudlard pour achever sa septième année.
Tous les élèves de septième année, expliquait McGonagall, seraient répartis dans de nouvelles maisons, pour reconstruire une unité après la guerre.

Hermione resta longtemps immobile, la lettre entre les doigts.
Elle savait qu'elle ne renoncerait jamais à compléter son éducation. Ses études étaient l'un des rares piliers qui ne s'étaient pas écroulés. Et elle avait besoin de ses ASPICs pour espérer obtenir un emploi  elle avait presque épuisé toutes ses économies.

Mais il y avait autre chose. Une envie sourde de révéler au monde sorcier la femme qu'elle était devenue. Pas la petite fille studieuse qu'ils croyaient connaître.

Le seul obstacle, c'était Poudlard.
Ou plutôt... ce qu'il restait de Poudlard.
Les ruines de la bataille, les souvenirs encore fumants, les fantômes de ceux qui ne reviendraient jamais.

Elle inspira profondément.

Si seulement elle pouvait revenir là-bas sans que son cœur ne se serre, sans que la culpabilité ne l'étouffe.
Si seulement elle pouvait regarder ces pierres noircies sans revoir tous ceux qu'elle n'avait pas pu sauver.

Mais elle n'avait plus le luxe de fuir.

Hermione Granger plia la lettre. Et, silencieusement, elle décida de rentrer.


La huitième année  ( actuellement en  réécriture complète)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant