Il y a une façon bien particulière dont la lumière du matin traverse les stores en plastique du salon des Bennett. Une lueur d'un jaune terne, poussiéreuse, qui découpe le désordre en bandes d'ombres.
Je suis restée immobile au seuil de la cuisine quelques secondes, à observer Rue. Elle était assise en tailleur sur sa chaise, le regard fixe, guidant sa cuillère dans un bol de céréales ramollies comme s'il s'agissait d'une tâche d'une importance vitale.
Voilà deux ans que cette maison est devenue mon refuge. Deux ans depuis la nuit où mon père, ivre mort et bouffé par les produits qu'il ingérait pour oublier la mort de ma mère, a franchi la ligne de trop. Je n'avais pas réfléchi : j'avais fourré trois T-shirts dans un sac à dos et j'avais couru sous la pluie jusqu'à m'effondrer sur le perron de Leslie. Depuis, Rue est la sœur que je n'ai jamais eue. On partage la même chambre, le même silence pesant au réveil, et cette même habitude de faire comme si le monde extérieur n'existait pas vraiment.
— Tu ne dors pas ? me demanda-t-elle sans lever les yeux, sa voix encore rauque de sommeil.
— J'ai essayé, répondis-je en tirant une chaise à côté d'elle. Mais le silence me donne mal à la tête.
Rue esquissa un demi-sourire amer avant d'avaler une autre cuillerée.
— J'ai besoin de toi ce matin, Evie.
Je me suis redressée légèrement, connaissant déjà la réponse.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Je suis à sec. Il faut qu'on passe au convenance store de Fez. Tu m'accompagnes ?
Un frisson désagréable a traversé mes épaules. Fezco était une perle, un gars protecteur, doux à sa manière, qui me considérait comme sa propre sœur depuis qu'il connaissait mon histoire. Mais aller là-bas voulait aussi dire croiser son ombre portée. Son frère.
Ashtray.
On avait le même âge, 18 ans, mais il donnait l'impression d'avoir déjà vécu trois vies. Il était arrogant, calculateur, dangereusement calme... et d'une beauté irritante qui m'énervait encore plus. Entre lui et moi, il n'y avait jamais eu de trêve. Juste une guerre d'usure faite de regards noirs et de piques acerbes.
— Il faut vraiment qu'on y aille maintenant ? murmurai-je.
— J'en ai besoin, Evie. S'il te plaît.
C'était le mot magique. Avec Rue, on ne négociait pas les appels au secours, même les plus banals.
— D'accord. Je mets un sweat et j'arrive.
L'air chaud de la fin d'après-midi nous collait à la peau pendant qu'on pédalait côte à côte jusqu'à la petite boutique d'angle. Le néon grinçant au-dessus de la porte grésillait déjà malgré la lumière du jour.
La sonnette a tinté quand on a poussé la porte. L'odeur familière d'herbe séchée, de produits nettoyants bas de gamme et de bonbons synthétiques nous a accueillies.
Fezco était derrière la caisse, un T-shirt large sur les épaules, en train de feuilleter distraitement un magazine. Dès qu'il nous a vues, un vrai sourire a illuminé son visage fatigué.
— Yo, les filles, fit-il en contournant le comptoir. Ça va ou quoi ?
Il a fait un tcheck rapide à Rue avant de m'attirer contre lui pour une accolade chaleureuse. Sentir l'odeur rassurante de Fez me détendait toujours un peu.
— Ça va super, Fez. Et toi ?
— On fait aller, petite. On fait aller.
Rue n'a pas tardé à aller à l'essentiel, l'impatience faisant trembler légèrement ses doigts au fond de ses poches.
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Un jeux dangereux
FanfictionAshtray et T/P (Ton Prénom) se déteste depuis toujours cependant il y a toujours eu une tension entre eux mais est-ce qu'ils se détestent réellement ou c'est juste une façade pour cacher leur attirance l'un envers l'autre...
