L'air dans la salle de bain est devenu instantanément plus lourd, saturé par le bruit étouffé de la basse qui faisait vibrer la porte fermée à clé.
Je suis restée figée au-dessus du lavabo, le cœur battant à tout rompre contre mes côtes, l'eau froide coulant encore entre mes doigts. Dans la glace, mon reflet croisait le sien. Ashtray ne bougeait pas d'un millimètre, adossé au panneau de bois, le regard ténébreux et fixe.
— Tu t'es trompé de pièce, Ash, dis-je d'une voix que je me suis efforcée de garder ferme, malgré le frisson qui parcourait mon échine.
— Joue pas à ça, Hazel, lâcha-t-il d'un ton calme, presque dangereux. La porte était ouverte. Fais ce que t'as à faire et retourne avec tes potes.
Je me suis retournée lentement, m'appuyant contre le rebord du marbre. Je l'ai détaillé du regard : sa posture faussement détachée, les muscles de sa mâchoire légèrement contractés, ce parfum discret de tabac et d'eau de colonie boisée qui émanait de lui et envahissait la pièce.
— Et si je n'ai pas envie de retourner là-bas tout de suite ? provoquai-je en croisant les bras.
Ashtray a laissé échapper un léger soupir exaspéré, esquissant un mouvement du menton. Il a fait un pas vers moi. Un seul, mais suffisant pour réduire l'espace entre nous à presque rien. La différence de taille m'obligeait à lever légèrement les yeux vers lui.
— T'as bu ou quoi ? murmurât-il, la voix plus grave.
— Même pas, répondis-je dans un souffle.
Sans rompre notre contact visuel, j'ai fait un demi-pas en avant, raccourcissant encore la distance. Je me suis hissée sur la pointe des pieds jusqu'à ce que mes lèvres effleurent presque son oreille. Je pouvais sentir la chaleur de sa peau et la tension qui irradiait de tout son corps.
— Je crois juste que je n'aime pas qu'on me dise ce que je dois faire, murmurai-je doucement.
Je suis redescendue sur mes talons pour le fixer de nouveau. Ashtray n'a pas reculé d'un centimètre. Ses yeux sombres se sont ancrés dans les miens, plus sombres encore que d'habitude, comme si une tempête contenue menaçait de briser son masque d'impassibilité. Il a baissé un instant le regard vers mes lèvres avant de replacer son attention dans mes yeux.
— À quoi tu joues, bordel ? lâcha-t-il à voix basse, une pointe d'agacement brisant sa voix habituellement monotone.
Un sourire en coin, victorieux mais amer, s'est dessiné sur mes lèvres.
— Je t'ai déjà dit que j'aimais jouer avec toi, Ash. Tu es tellement prévisible quand tu te fâches.
Ses narines se sont dilatées. Il a glissé une main hors de sa poche, un instant indécis, comme s'il hésitait à attraper mon poignet ou à pousser la porte pour s'en aller. La tension électrique entre nous était si dense qu'elle en devenait presque étouffante.
— Et juste pour que ce soit bien clair, ajoutai-je en plantant mon regard dans le sien, la voix soudain dénuée de toute moquerie : je ne suis pas ce que tu as dit cet après-midi au magasin. Je te hais, Ashtray. Vraiment.
Pendant trois secondes interminables, personne n'a respiré. Il m'a dévisagée comme s'il cherchait à déchiffrer une énigme particulièrement irritante.
Puis, avec un rictus froid, il a tendu le bras derrière lui, déverrouillé la serrure et ouvert la porte d'un geste sec.
— Va te faire foutre, Hazel, murmura-t-il sans élever la voix, mais avec une froideur glaciale.
Il s'est écarté du passage. Je suis passée à côté de lui sans baisser la tête, mon épaule frôlant la sienne, avant d'émerger à nouveau dans la lumière étouffante et la musique assourdissante du couloir.
La soirée s'est étirée jusqu'au petit matin dans un flou d'éthanol, de rires et de néons. Vers trois heures du matin, alors que le salon commençait à se vider de ses invités d'un soir et que les derniers groupes s'éparpillaient dans la rue, Maddy a décrété que personne ne rentrait.
Nous nous sommes toutes retrouvées dans son immense chambre à coucher, portes fermées sur le reste du monde. Les robes habillées ont été troquées contre des T-shirts oversize dénichés dans ses placards, le maquillage partiellement effacé par des lingettes démaquillantes, et nous nous sommes étalées sur le grand lit et le tapis en fausse fourrure.
C'était ces moments-là que je préférais. L'armure tombait. Dans la pénombre éclairée seulement par une guirlande lumineuse, on n'était plus les filles intouchables du lycée, juste un groupe d'adolescentes fatiguées cherchant un peu de chaleur.
— Je vous jure que Nate a passé la moitié de la nuit à scruter la porte, lançait Maddy, allongée sur le dos, un bras sur ses yeux. Il me fatigue tellement...
— En même temps, tu étais incroyable ce soir, Maddy, répondit Kat depuis le fauteuil suspendu en brossant ses cheveux.
— Je sais, soupira-t-elle avec un sourire satisfait, avant de se tourner subitement vers moi. D'ailleurs... Evie. Il s'est passé quoi à l'étage ? Je t'ai vue sortir de la salle de bain juste avant Ashtray.
Toutes les têtes se sont tournées vers moi. Même Rue, qui grignotait distraitement des gâteaux secs au bout du lit, a relevé le regard.
— Rien du tout, répondis-je en ajustant le plaid sur mes jambes. Il voulait utiliser la salle de bain et il s'est énerve tout seul comme d'habitude.
— Tu sais qu'il te regarde d'une façon bizarre ? fit remarquer Lexi en repliant ses jambes sous elle. Genre... il a l'air d'avoir envie de te frapper ou de t'embrasser, je sais pas trop. C'est troublant.
Un rire étouffé a traversé le groupe.
— Il est juste imbu de sa personne, répliquai-je en haussant les épaules pour masquer le petit pincement au cœur que cette remarque venait de me provoquer. C'est un gamin arrogant qui croit qu'il contrôle tout parce qu'il vend de la came avec Fez. Je le déteste.
— Mais tu adores le pousser à bout, souligna Cassie avec un doux sourire. Ça se voit, Evie. Tu cherches toujours à avoir le dernier mot avec lui.
Je suis restée silencieuse un moment, observant les reflets de la guirlande au plafond. Cassie n'avait pas tout à fait tort. Il y avait quelque chose de stimulant dans la colère d'Ashtray. Dans ce monde où tout le monde feignait l'indifférence pour se protéger, sa colère contre moi était au moins quelque chose de vrai. De brut.
— J'aime juste le voir perdre son sang-froid, dis-je finalement à voix basse. C'est le seul moment où il a l'air humain.
Rue m'a jeté un coup d'œil complice depuis le fond du lit, sans rien ajouter. Elle connaissait Ashtray depuis longtemps, et elle me connaissait, moi. Elle savait que lorsque deux incendies se croisent, ils finissent toujours par tout brûler sur leur passage.
VOUS LISEZ
Un jeux dangereux
FanfictionAshtray et T/P (Ton Prénom) se déteste depuis toujours cependant il y a toujours eu une tension entre eux mais est-ce qu'ils se détestent réellement ou c'est juste une façade pour cacher leur attirance l'un envers l'autre...
