Faith
Je me réveille sur le canapé, enveloppée dans une couverture que je ne me souviens pas avoir tirée sur moi. Pendant un moment, je ne sais plus où je suis. Le plafond est bas, le bruit du chauffage ronronne doucement dans le silence de l'appartement. Puis, tout me revient en un éclair : la soirée, la conversation avec mon père, la confrontation que j'avais tant redoutée.
Je ne me souviens même pas d'avoir sombré dans le sommeil. Juste cette sensation, oppressante, d'être vidée de toute énergie après cette nuit. Mon corps est lourd, mes membres engourdis, mais ce qui me pèse le plus, c'est cette fatigue mentale, ce brouillard qui refuse de se dissiper.
Je me redresse doucement, faisant attention à ne pas réveiller l'étrange paix qui règne ici, au milieu de ce désordre. Le salon est dans l'état dans lequel nous l'avons laissé : des bouteilles vides sur la table basse, des cendriers débordant de mégots écrasés, des disques vinyles éparpillés sur le sol. L'air est encore lourd de cette odeur de tabac froid et d'alcool.
Je ne sais même pas pourquoi je suis venue. C'est comme si j'avais espéré quelque chose, sans savoir vraiment quoi. Mais cette fois-ci n'a pas été identique aux autres, car il a tenté de voiler son indifférence par des excuses qui sont, je le pense, sincères.
À vrai dire, je n'ai jamais eu une discussion si profonde avec mon père. Jamais. Pas une seule fois en dix-huit ans.
Je n'ai pas envie de rester ici plus longtemps, mais je ne sais pas non plus où aller. Retourner chez Alban ? Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.
J'attrape mon téléphone sur la table basse et constate l'heure : 6 h 47. Seulement quelques heures ont passé depuis qu'Alban est rentré, à peine de quoi prétendre avoir dormi. Je me masse la nuque, endolorie d'avoir dormi dans cette position inconfortable, et laisse échapper un soupir. Je pense à Alban. Il était si épuisé, si distant hier soir. Cette lueur triste dans ses yeux ne cesse de me hanter. Ses mots résonnent encore dans ma tête, cette inquiétude dans sa voix quand il a mentionné mon père.
Je pousse un long soupir, un de ceux qui semblent aspirer toute l'énergie restante. Lentement, je me lève du canapé, mes pieds nus frôlant le sol froid. Chaque mouvement est mesuré, comme si je craignais que le moindre son ne vienne briser cette paix fragile qui s'est installée dans la pièce. Je traverse le salon lentement, essayant désespérément de ne pas faire de bruit, de ne pas provoquer de réveil. Le réveiller, lui. Je sais pourtant que je devrais lui dire quelque chose. Un mot. Un au revoir peut-être. Une conclusion à cette nuit étrange, chaotique, mais ces mots m'échappent, comme ils m'ont toujours échappé quand il s'agit de lui. Je n'ai jamais su trouver les mots avec lui.
Alors, sans un bruit, je ramasse mes affaires, mon manteau abandonné négligemment sur une chaise, et, en m'approchant du couloir, une voix me paralyse. Je ne l'ai pas entendu arriver. C'est celle de mon père.
— Tu ne devrais pas retourner chez lui.
Le ton est calme, posé, presque trop. Je me retourne lentement et croise son regard. Contre toute attente, il ne s'est pas levé à cause de moi. Il est là, vêtu d'un de ses costumes impeccables, malgré l'heure. Son visage est indéchiffrable, une habitude chez lui.
— Tu... tu ne dors pas ? dis-je, troublée par sa présence.
Il secoue légèrement la tête tout en fouillant dans un tiroir de la cuisine, en sortant une plaquette de cachets.
— Tu ne travailles pas souvent le dimanche, risqué-je, essayant de comprendre ce qui le tient debout à une heure pareille.
— J'ai une réunion importante, me coupe-t-il, sans vraiment me laisser poursuivre.

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Forgotten Memory [AUTO-ÉDITÉ SUR AMAZONKDP]
RomansaDans le quotidien de Faith Davis, la solitude est une compagne constante, une ombre qui la suit où qu'elle aille. Elle serait prête à tout pour être aimée par les autres, mais semble toujours échapper à leur affection. Pour Alban Johnson, ce sont le...