Tandis que mon réveil sonnait, je tentais vainement d'émerger. Je n'avais dormi que deux heures et décidai donc de fermer les yeux quelques minutes ; bien sûr, lorsque je les rouvris, je m'aperçus que trois heures avaient passé et me precipitai hors de mon lit (chose futile étant donné que j'avais, une énième fois, loupé la quasi-totalité des cours de la matinée). Je décidais donc de rester un peu à la maison. Après m'être préparé et avoir mangé quelques chips en guise de petit déjeuner, je me connectai sur Facebook afin de checker l'actualité du Front National: une photo de Marion-Maréchal Le Pen figurait au centre de la page, suivi d'une citation tirée de son interview de la veille. En la regardant, je ne pu m'empêcher de sourire, me disant qu'elle était vraiment ravissante. J'aurai aimé rencontré une femme comme cela, belle, brillante et nationaliste, sans compter son allure élégante, propre à la gente féminine aryenne. Non pas que j'eu avalé ce genre d'absurdités à propos d'une "race supérieure", mais je trouvais les blondes aux yeux bleus irrésistibles (en particulier celles qui bénéficient d'un talent d'orateur herité du vieux Jean-Marie). Si l'idéologie nazie me paraissait globalement absurde - un être humain ne pouvant pas être mauvais ou bon en fonction de son ethnie - je me retrouvais dans les propos tenus par les militants d'extrême-droite; pour moi ils disaient tout haut ce que les autres refusaient d'entendre.
L'horloge du salon sonna midi, il était temps de partir mais cela ne m'empecha pas de prendre mon temps pour rouler quelques cigarettes et un joint pour la route. J'appreciais beaucoup le cannabis car il rendait la réflexion bien plus laborieuse, par conséquent il me permettait de m'evader et de cesser de penser aux ordures qui m'avaient traîné dans la boue quelques mois auparavant. Lorsque je fumais, je ne me souciais ni de la politique, ni de mon avenir incertain, ni même du fait que je n'avais toujours pas de petit(e) ami(e). La drogue me soulageait de toutes les angoisses qui chaque jour me rongeaient. Cette sensation valait bien les trente euros que je depensais toutes les semaines pour en acheter depuis la rentrée.
Après avoir mis mon casque sur mes oreilles, je lançai la musique, verrouillai la porte et allumai mon pétard.
Il faisait beau en cette fin de matinée d'Avril. Malheureusement, dès que l'hiver glacial fût passé, les caïras recommençaient à investir le centre-ville, trainant par groupes.
Sur le chemin, je ne cessais de rire comme un imbécile heureux, m'extasiant sur le son de teuf que j'avais téléchargé la veille sur mon téléphone: cela ressemblait à de la techno, sauf que le morceau était entrecoupé de répliques tirées du cartoon South Park. Ainsi, au milieu de deux lignes de basse, on pouvait entendre <<on s'fume un pétard?>> ou <<la drogue, c'est mal, m'voyez>>, ce qui suffisait amplement pour me rendre hilare. En passant à côté d'un poteau, je vis brièvement un bout de papier scotché dessus. Mon cerveau était embrumé par le shit, aussi il me fallu plusieurs secondes pour percuter. Je stoppai ma marche et hésitai à faire demi-tour. J'adorais déchiffrer les graffitis, stickers et inscriptions sur les murs, les portes, les panneaux ou les vitres; hélas, il y avait très peu de writers dans cette petite ville de quinze mille habitants, les seuls graffitis aperçus dans cette ville depuis trois ans (mis à part les quelques tags que j'avais fait ça et là) étaient des petits bonhommes faits au pochoir. Toujours le même motif, en vert, rouge ou bleu; il y en avait de nouveaux chaque jour, on pouvait en croiser un tous les cinq mètres, à même le sol. Ainsi, devant le manque cruel de stimulation artistique que m'inspirait la ville, je me dis qu'un bout de papier scotché sur un réverbère était tout de même assez séduisant. Je revenai me planter devant le petit post-it; il était inscrit:
"France, lève-toi! Bats-toi contre le mondialisme! -votez Front National."
<<Tiens, un copain!>> pensai-je en souriant. Tout à coup, la voix de l'infirme résonna dans mes oreilles: <<Timmy!!>>. J'explosai de rire en repensant au personnage ainsi nommé dans mon cartoon préféré, un handicapé mental qui ne savait dire que son prénom, d'une voix que je trouvais hilarante. Reparti de plus belle dans mon délire, j'oubliai totalement ce fichu bout de papier mal découpé et me dirigeait vers le lycée.
×××Le soir venu, je remontais péniblement chez moi, lassé de marcher une heure aller-retour pour me rendre dans un endroit qui ne me stimulait pas du tout, et cela quotidiennement.
<<Lycée de merde!>>, crachai-je. En redressant la tête, je baladais mon regard tout autour de moi. C'est alors que je vis, à quelques mètres, un garçon au tain pâle et aux longs cheveux bruns, adossé à un poteau électrique. Il portait un blouson en cuir orné de clous pointus et d'un motif de croix celtique dans le dos, un jeans délavé et déchiré au niveau des genoux ainsi qu'une paire de rangers aux pieds. Il était en train de couper un morceau de scotch avec les dents. J'entrepris d'aller lui parler mais visiblement quelqu'un avait pris cette initiative avant moi: sorti de derrière un bosquet, un groupe de jeunes vêtus de survêtements Adidas, Nike ou encore Puma, se dirigeait vers le garçon aux cheveux bruns. Ils se rapprochaient, tout en roulant des mécaniques et en pestant dans sa direction. Il ne bronchait pas, restant là, adossé au poteau comme si de rien n'était. Les quatre individus se plantèrent devant lui, et celui qui semblait être le meneur l'attrapa par le col; aussitôt, le garçon serra son avant bras, les mains fermement accrochées à celui-ci, et le morda violemment: avant que l'agresseur n'ai le temps d'émettre un gémissement de douleur, du sang gicla et éclaboussa les joues pâles de sa "victime", le tout donnant un contraste violent entre le tain blafard du jeune homme et les gouttelettes écarlates arrosant tout le contour de sa bouche. Les compères de la brute mirent quelques secondes à réaliser ce qu'il se passait, puis, comme ramenés à la réalité par les cris de leur petit chef, ils se jetèrent sur le jeune au blouson de cuir clouté. Ni une, ni deux, je m'elancai dans leur direction et me jettai sur le premier venu, lui envoyant un grand coup dans la gorge. Il tomba à la renverse, appuyant sa main là où je l'avais frappé et commença à cracher du sang. C'était la première fois que je frappais quelqu'un de la sorte. C'était très jouissif. Hélas, je n'eu pas le temps de me délecter de ce spectacle: les deux autres se ruèrent sur moi et enchaînèrent les coups de poings, je ne pu pas tous les éviter et me retrouvai vite à terre, leurs pieds se heurtant sur mes tempes, mon crâne et mon visage. Je ne pu qu'apercevoir l'autre garçon, à terre lui aussi, avant de sombrer dans l'inconscience.
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Pigs
Ficção AdolescenteSeth, 17 ans, est un adolescent comme les autres, selon son entourage. Mais sous son masque de gentil garçon, Seth fait face à une haine qui le ronge, une haine profonde envers l'humanité. Son esprit croissant mais déjà détraqué ne peux gérer tout c...