18 Octobre 3030
Rien et tout a changé. Tout est pareil et plus rien ne l'est. Ce n'était pas un rêve, ce n'était pas une blague, ce n'était pas une légende. Il n'y avait rien de plus sérieux. Et depuis ce soir là, même si le sujet des âmes sœurs n'a plus été abordé, elle ne peut s'empêcher d'y penser. Elle est hantée, les mêmes questions reviennent sans cesse, les mêmes pensées se jouent encore et encore dans son esprit, sans arrêt. A quoi ressemble t-il ? Que fait-il ? D'où vient-il ? Que Dieu lui donne les réponses. Que Dieu la soulage. Qu'il mette fin à cette torture.
Comment est-elle censée le trouver ? Elle ne voyage pas, elle ne sort pas.
Faculté, travail, maison.
Faculté, travail, maison.
Faculté, travail, maison.
Faculté, travail, maison.
Et s'il habite loin ? Et s'il est en dehors de la France ? Et si c'est une mauvaise personne ? Et si il la déteste ? Et si elle le déteste ? Et si elle ne le trouve pas ? Tout est obscur. Tout est froid. Tout est dénué d'envie. Elle ne souhaite pas le trouver pour l'aimer. Elle souhaite le trouver pour assouvir un seul désir ; la curiosité.
Huit heures du matin, ses pieds entrent en contact avec le sol froid de sa chambre tandis que ses yeux essaient toujours de s'adapter à la lumière du jour encore un peu timide. Poches de cernes sous les yeux, corps affiné, ce n'est pourtant que le début de l'année. L'eau chaude coulant sur son corps ne l'aide cependant pas à se réveiller, au contraire. Ses muscles se détendent, ses yeux se ferment à nouveau et elle semble comme bercée par le flot d'eau qui se déverse sur elle.
Quinze minutes ou même vingt s'écoulent avant que la jeune femme ne quitte la salle de bain, cheveux secs, lissés et vêtue d'une chemise blanche à volant et d'une paire de jeans noire. Peu importe combien elle pouvait appliquer de l'anti-cernes, la fatigue marquait son visage. Pourtant, elle l'aimait. Elle aimait son travail, elle ne se voyait nul part ailleurs.
Personne ne l'a traitait mieux que son patron, personne n'était plus compréhensif que lui.
Elle était chanceuse d'être tombée sur quelqu'un comme lui. Elle était reconnaissante, mais elle voulait plus, toujours plus.
Est-ce une caractéristique des êtres humains ou un simple trait de caractère ? Est-ce une qualité ou un défaut ? Est-ce un atout ou un fardeau ? Elle avait besoin de plus. Ce travail est le retour brutal à la vie. Il est le rappel de sa place dans la société. Il est le rappel du gouffre financier dans lequel sa famille se trouver. Mais ce travail est aussi ce qui lui permet de pas tomber plus bas. Ce travail est la clé pour accéder à la salle de l'ascension sociale. Elle doit y arriver. Elle doit le faire peu importe la quantité de larmes et de sueur qu'elle va verser. Elle doit y arriver peu importe combien de sommeil elle va sacrifier. Elle doit y arriver, à tout prix.
Elle doit y arriver et elle doit le trouver. Elle doit répondre aux attentes terribles de la société. Elle doit réussir. C'est devenu un réflexe. Son regard se pose sur les poignets des gens afin de chercher la trace d'une quelconque cicatrice.
Et par moment, lors des journées les plus sombres, elle songe. Elle se demande si ce n'est pas une simple perte de temps, puis elle retrouve rapidement la raison et se motive pour trouver sa moitié.
Lorsque elle pousse les portes de la brasserie, son patron lui fait un signe. Yeux brillants, cheveux ébènes parfaitement coiffés. traits fins, il ne semble jamais avoir de mauvais jour. Kim Seokjin est toujours sur son trente et un, à croire que c'est parce qu'il illumine les journées des gens que son visage est si lumineux. Jeune coréen de 34 ans, il est réputé pour ses plats mariant savoir faire français et saveurs d'ailleurs.
« Aigoo, tu es venue en dormant ? Je vais te préparer un petit déjeuner. »
Un petit sourire vient étirer ses lèvres maquillées alors qu'elle passe à l'arrière pour ranger ses affaires.
L'homme aux yeux scintillants lui apporte son petit déjeuner lorsqu'elle s'installe a table. Tout est calme, il semble manquer quelque chose, ou plutôt quelqu'un.
